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  • Stockholm, la ville qui apaise

    Je ne m’attendais pas à aimer Stockholm à ce point l’été. J’ai beaucoup voyagé, et certaines villes m’ont fascinée, d’autres enthousiasmée, mais Stockholm m’a procuré quelque chose de beaucoup plus rare : une sensation d’apaisement presque immédiate. Il y a dans la manière dont les Suédois vivent la ville quelque chose de profondément serein. Les gens sont courtois, souriants, discrets, rarement bruyants ou envahissants. Peu de comportements agressifs, peu d’incivilités, presque jamais cette agitation sonore que l’on finit par ne plus remarquer dans certaines grandes villes. Même lorsqu’il y a du monde, l’atmosphère reste étonnamment douce.

    C’est peut-être cela qui m’a le plus frappée à Stockholm : cette façon très nordique d’être là, pleinement, mais sans prendre toute la place.

    Nous logions à Södermalm, à Tantogatan, dans un appartement qui donnait directement sur la partie la plus agréable de Tantolunden. Les enfants se baignaient sur la petite plage devant chez nous malgré une eau franchement fraîche, tandis qu’autour d’eux, les fleurs, les grands arbres et les petites maisons en bois rouges et brunes cachées sous les feuillages composaient un décor que je n’aurais jamais imaginé trouver dans une partie aussi peuplée de Stockholm.

    Le soir, les habitants continuaient à profiter du quartier. Il y avait un championnat de mini-golf, des cours de danse et de musique scandinave, des écureuils, des lapins qui couraient dans l’herbe et des canes accompagnées de leurs canetons qui se promenaient au milieu des gens sans la moindre inquiétude. C’est probablement cette nature très présente, avec ses jardins, ses fleurs et ce côté presque bucolique, qui m’a le plus surprise.

    Nous avons énormément marché pendant notre séjour. Notre application de suivi des pas a probablement connu sa meilleure semaine de l’année, mais Stockholm se prête tellement bien à la marche qu’il aurait été dommage de faire autrement. On passe d’une île à l’autre, on traverse un pont, on longe l’eau et l’on change de décor sans vraiment s’en rendre compte. Et lorsque les jambes commencent à protester, les immenses bancs aux formes de transats que l’on trouve un peu partout sont une excellente excuse pour s’arrêter. Certaines pauses peuvent même se terminer dans l’eau, puisque Stockholm offre des possibilités de baignade et des piscines en pleine ville.

    Depuis Södermalm, nous avons rejoint Långholmen, une petite île très verdoyante connue pour ses chemins, ses plages et ses promenades au bord de l’eau. J’ai particulièrement aimé Stora Henriksvik, un café-restaurant installé dans une ancienne maison entourée d’un jardin, où l’on peut déjeuner ou prendre un café avant de poursuivre la balade.

    Et puis nous avions deux autres quartiers de Södermalm que j’aimais particulièrement traverser avant de rejoindre Gamla Stan : SoFo et Mariatorget. SoFo, au sud de Folkungagatan, est un concentré de petites boutiques de mode, de design, de vintage, de décoration, de cafés et de galeries. Autour de Mariatorget et de Hornsgatan, l’ambiance est légèrement différente, avec davantage de boutiques indépendantes, de seconde main et de petites adresses à explorer.

    J’ai adoré y flâner, entrer dans les boutiques sans forcément chercher quelque chose, puis continuer à pied jusqu’à Gamla Stan. C’était devenu une sorte de rituel : Södermalm, quelques détours shopping, puis la vieille ville.

    Gamla Stan, à l’écart des cartes postales

    Nous avons évidemment parcouru Gamla Stan, la vieille ville de Stockholm, avec ses ruelles étroites, ses façades colorées et ses bâtiments historiques. Nous avons traversé Stortorget, regardé le Palais royal, puis continué par Österlånggatan, Prästgatan, Trångsund et Mårten Trotzigs gränd, l’une des ruelles les plus étroites de la ville.

    J’ai particulièrement aimé m’éloigner des axes les plus fréquentés pour regarder les détails des façades et les petites perspectives qui apparaissent au détour d’une rue.

    Il y avait cependant une présence assez inattendue dans presque toutes les vitrines : Fifi Brindacier, ou Pippi Långstrump en suédois, la célèbre petite rousse aux nattes créée par Astrid Lindgren. Les enfants, qui ne s’attendaient manifestement pas à la voir surgir absolument partout, en ont eu peur au début. Ce qui nous a évidemment beaucoup fait rire.

    Nous avons également visité le Nobel Prize Museum, installé sur Stortorget dans l’ancien bâtiment de la Bourse. Le musée retrace l’histoire des prix Nobel et présente les parcours, les idées et les découvertes de leurs lauréats.

    À Slussen, grand carrefour de Södermalm entre les îles de Södermalm et Gamla Stan, nous avons découvert une autre scène très stockholmienne : Nystekt Stromming, un petit camion de restauration qui sert du hareng, reconnaissable à son gros poisson installé sur le toit. C’est manifestement une vraie pause déjeuner pour les Suédois, qui s’y arrêtent avant de repartir. Nous avons goûté et, contre toute attente, nous avons tous trouvé cela vraiment très bon, sauf mon mari, qui n’aime déjà pas beaucoup le poisson et encore moins lorsqu’il est fumé. Il n’a donc pas exactement partagé notre enthousiasme.

    Pour prendre un peu de hauteur, Katarinahissen, l’ascenseur historique de Södermalm qui surplombe Slussen, offre une très belle vue sur Gamla Stan et les îles de Stockholm. Depuis Riddarholmen, autre point de vue intéressant, la vieille ville se découvre encore différemment depuis les quais.

    Fotografiska, le musée de photographie contemporaine installé dans l’ancien bâtiment des douanes de Stadsgården, était une autre étape que je voulais absolument faire. Les expositions sont évidemment la raison d’y aller, mais j’ai aimé retrouver la ville et ses paysages dès que l’on regarde vers l’extérieur.

    Djurgården, du Vasa aux serres de Rosendals

    À Djurgården, l’île qui rassemble plusieurs des grands musées de Stockholm, nous avons notamment découvert le Vasa Museum, consacré au spectaculaire navire de guerre du XVIIe siècle retrouvé après avoir passé 333 ans au fond de la mer.

    J’aime beaucoup les bateaux et tout ce qui touche à l’histoire maritime me passionne depuis longtemps, notamment l’univers viking. Le Vasa était donc forcément l’un des musées que j’attendais le plus.

    Le navire a coulé en 1628, lors de son voyage inaugural, avant d’être renfloué en 1961. Sa taille est impressionnante, mais ce sont surtout les sculptures, les ornements et la quantité de détails conservés qui m’ont fascinée.

    À quelques minutes, le Nordiska Museet, le musée consacré à la culture et à la vie quotidienne nordiques, propose une autre manière de découvrir la Suède à travers les objets, les traditions et les modes de vie.

    Mais mon vrai coup de cœur de Djurgården a été Rosendals Trädgård, un jardin horticole avec des cultures, des vergers et de magnifiques serres où l’on peut également manger et boire un café. J’ai tellement aimé l’endroit que j’aurais volontiers prolongé la journée là-bas.

    Et j’y ai même rencontré quelques habituées particulièrement gourmandes : de jolies mésanges venaient picorer tout près de nous. Elles sont tellement habituées aux visiteurs qu’elles n’ont plus grand-chose de sauvage et semblent avoir parfaitement compris que Rosendals est une excellente adresse pour déjeuner.

    Le fika, et surtout Schweizer

    Il fallait évidemment tester le fika, cette pause suédoise autour du café et de quelque chose de sucré. J’avais repéré Café Pascal, Coffee Gallery et Fosch Artisan Pâtisserie, ainsi que plusieurs boulangeries comme Tössebageriet, Stora Bageriet, Valhallabageriet, Fabrique et Frost Bageri.

    Mais il y a une adresse qui mérite une mention particulière : Schweizer, une pâtisserie-café installée dans la très touristique Västerlånggatan, au cœur de Gamla Stan.

    À première vue, on pourrait facilement la prendre pour une adresse attrape-touristes. Elle se trouve sur l’une des rues les plus fréquentées de la vieille ville et son décor est assez éloigné des codes très épurés auxquels on associe souvent les coffee shops scandinaves.

    Et pourtant, surtout, ne passez pas votre chemin.

    L’endroit est beau, chaleureux, presque hors du temps, avec ses cagettes débordant d’oranges et de fruits qui participent pleinement au décor. On y entre un peu par curiosité et l’on comprend rapidement pourquoi l’adresse fonctionne aussi bien.

    Et puis il y a leurs cinnamon buns.

    J’en ai mangé dans beaucoup de pays. Vraiment beaucoup. Ce sont les meilleurs que j’aie jamais goûtés.

    Je sais que c’est une affirmation assez sérieuse pour une brioche à la cannelle, mais je l’assume.

    Östermalm, entre design et mode

    À Östermalm, mon parcours idéal commence à Östermalms Saluhall, le magnifique marché couvert historique du quartier, avant de passer par Svenskt Tenn, Nordiska Galleriet, Asplund et Nitty Gritty, avec une pause sur Nybrogatan puis une promenade vers Strandvägen.

    Svenskt Tenn, l’emblématique maison suédoise de décoration, est évidemment incontournable pour les textiles, les motifs, le mobilier et l’univers de Josef Frank. Nordiska Galleriet, référence du design scandinave et international, offre une sélection plus contemporaine, tandis qu’Asplund poursuit cette exploration du mobilier et des objets suédois.

    Avec Nitty Gritty, on passe naturellement à la mode.

    Après cela, une pause sur Nybrogatan, puis Strandvägen, avec ses magnifiques façades et sa promenade au bord de l’eau.

    Autour de Biblioteksgatan et Birger Jarlsgatan, les adresses mode ne manquent pas : Acne Studios, Byredo, A Day’s March, Nudie Jeans, ARKET, Totême et Filippa K, mais également maxjenny! et Maruschka De Margó, et bien d’autres.

    Pour le design et les objets, j’ai aimé Skultuna et surtout Brandstationen, un concept store installé dans une ancienne caserne de pompiers, avec du mobilier, des luminaires, des céramiques et des objets vintage.

    J’ai également trouvé les enseignes plus accessibles particulièrement intéressantes. H&M Home m’a semblé beaucoup plus chic et travaillé qu’ailleurs, avec une vraie attention portée aux matières et aux associations. Et Designtorget, enseigne suédoise consacrée au design et aux objets du quotidien, propose une sélection de créateurs qui donne facilement envie de repartir avec quelque chose.

    Dans mon cas, ce furent de petits coquetiers suédois représentant différents personnages populaires en Suède, dont l’hippopotame.

    Je n’en avais absolument pas besoin.

    Je les ai évidemment achetés.

    Une petite histoire de lin

    J’ai surtout rapporté de Stockholm ce qui finit toujours par me faire craquer : du linge de maison. Cette fois, une jolie housse de couette en pur coton vert kaki et deux housses de coussins décoratifs en lin, bien sûr, ont trouvé leur place dans ma valise.

    Petit clin d’œil à mon article sur le lin.

    Pour l’art contemporain, Wetterling Gallery et Galleri Duerr faisaient partie des adresses que j’avais envie de découvrir. Et puis il y a Thielska Galleriet, musée installé dans une villa au bord de l’eau, dont la maison et l’environnement font presque autant partie de la visite que les œuvres.

    Stockholm m’aura finalement laissé bien plus que je ne l’imaginais : la sensation d’avoir été, pendant quelques semaines, parfaitement bien quelque part.

    Où dormir

    Ett Hem
    Une maison particulière transformée en hôtel, avec un intérieur signé Ilse Crawford et une atmosphère très résidentielle. Une adresse confidentielle pour vivre Stockholm autrement.

    Hotel Frantz
    Installé dans un bâtiment historique de Södermalm, une bonne base pour profiter du quartier à pied et rejoindre facilement Gamla Stan.

    Långholmen Hotell & Prison Museum
    Dormir dans une ancienne prison est déjà une expérience en soi. Sur l’île verdoyante de Långholmen, les anciennes cellules ont été transformées en chambres et l’ancien établissement pénitentiaire abrite également un musée consacré à son histoire. La prison a fermé en 1975. 


    Les plus belles parenthèses gourmandes

    BAMBi
    Une petite table de Södermalm devenue une adresse très recherchée pour sa cuisine inventive et son atmosphère décontractée. Une bonne raison de rester dans le quartier le soir.

    Babette
    À Vasastan, une petite adresse sans prétention apparente où l’on vient pour les pizzas au feu de bois, les assiettes à partager et une très belle sélection de vins.

    Solen
    Dans le nouveau quartier de Slakthusområdet, une grande table contemporaine autour du feu, avec une cuisine qui voyage bien au-delà des classiques suédois. Le décor industriel fait partie de l’expérience.

    Triton
    Une adresse beaucoup plus confidentielle à Södermalm, avec une cuisine ambitieuse et une atmosphère presque domestique. Le genre de restaurant que l’on préfère découvrir plutôt que simplement cocher.

    SNÖ
    À Vasastan, cette gelateria familiale travaille de petites quantités de glaces artisanales avec des parfums classiques mais aussi des associations beaucoup plus audacieuses. Une bonne raison de faire un détour pour une pause sucrée.


    Flâner autrement

    Vasastan
    Un Stockholm plus résidentiel, avec une scène de cafés, de restaurants et de petites adresses indépendantes. Moins immédiatement spectaculaire que Gamla Stan, mais beaucoup plus intéressant dès que l’on veut voir comment la ville vit au quotidien.

    Kungsholmen
    Pour marcher au bord de l’eau, changer de rythme et découvrir un Stockholm plus local. L’île permet de sortir des itinéraires les plus évidents sans réellement quitter le centre.

    Slakthusområdet
    Ancienne zone industrielle devenue l’un des nouveaux pôles créatifs de Stockholm. Restaurants, bars, musique et architecture industrielle composent un décor très différent du Stockholm traditionnel.

    Skeppsholmen
    Une petite île centrale où l’on peut associer architecture, art contemporain, design et promenade au bord de l’eau. Moderna Museet et ArkDes sont installés côte à côte. 

    Snösätra
    À l’écart du centre, cette ancienne zone industrielle est devenue un immense terrain de street art et de graffiti. Les œuvres changent régulièrement et le lieu offre une vision beaucoup plus brute de Stockholm.


    Les portes qu’il faut pousser

    Moderna Museet
    Le grand musée suédois d’art moderne et contemporain sur Skeppsholmen, avec une collection qui couvre notamment Picasso, Matisse, Dalí et de nombreux artistes contemporains. 

    ArkDes
    Le musée national suédois consacré à l’architecture et au design. Une étape particulièrement intéressante à Stockholm pour comprendre comment le design s’inscrit dans la vie quotidienne et dans la ville. L’entrée aux expositions est actuellement gratuite. 

    Bio Rio
    Un cinéma indépendant à Hornstull installé dans une salle historique, avec son propre restaurant. Une adresse pour voir un film dans un cadre qui appartient véritablement au quartier plutôt que dans un complexe commercial.

    JUS
    Une boutique indépendante pour une mode plus conceptuelle et avant-gardiste, loin des grandes enseignes scandinaves que l’on connaît déjà.

    Grandpa
    Une adresse lifestyle de SoFo qui mélange mode, accessoires, objets et design. Plus intéressant à parcourir comme un univers que comme une simple boutique.


    Quelques détours

    Långholmen Prison Museum
    L’ancien établissement pénitentiaire de l’île raconte environ 250 ans d’histoire carcérale, jusqu’à la fermeture de la prison en 1975. La visite permet notamment d’entrer dans une ancienne cellule et de comprendre les conditions de vie des détenus. Le contraste avec la nature, les chemins et les possibilités de baignade de Långholmen est assez saisissant. 

    Bergianska Trädgården
    Le grand jardin botanique de Stockholm, installé au bord de Brunnsviken. Une option parfaite pour retrouver cette nature généreuse qui m’a tant plu dans la ville.

    Kastellholmen
    Une toute petite île reliée à Skeppsholmen par un pont, avec le château rouge de Kastellet et de très belles vues sur Stockholm. Une promenade courte mais particulièrement agréable.

    Vaxholm
    Pour aller voir un autre visage de l’archipel de Stockholm : petites maisons en bois, quais, bateaux et ambiance de station balnéaire. Une escapade à envisager lorsque l’on reste plusieurs jours.

    Expérience Maison Chill

    Faire un sauna avant de se jeter dans l’eau
    À Stockholm, le sauna peut se prolonger directement par une baignade. À Hellasgården, dans la réserve naturelle de Nacka, on passe du sauna au lac avant de retourner se réchauffer au bord de l’eau. Une expérience très suédoise, entre forêt, chaleur et baignade.

    Prendre un ferry comme un moyen de transport
    À Stockholm, le bateau n’est pas seulement une excursion touristique. Plusieurs ferries font partie du réseau de transports publics SL : on peut donc les emprunter avec le même billet que le métro ou le bus. Le billet simple coûte 43 SEK pour un adulte et reste valable 75 minutes, ce qui permet de profiter d’une traversée pour le prix d’un trajet classique. La ligne 82, entre Slussen et Djurgården, est particulièrement pratique pour découvrir la ville depuis l’eau sans réserver d’excursion.

    Prévoir une baignade au milieu de la journée
    C’est l’une des particularités les plus surprenantes de Stockholm : on peut réellement interrompre une journée de visites pour aller nager. En plein centre, on trouve notamment Tantobadet à Södermalm, Långholmen, Hornsbergs strandpark et Fredhällsbadet à Kungsholmen, ainsi que les pontons de Munkbrohamnen et de Söder Mälarstrand. La baignade fait ici partie de la vie quotidienne, pas seulement des journées passées loin de la ville.

    17 août 2026

  • Berlin, l’insaisissable !

    Il existe peu de villes où la liberté se ressent avec autant d’évidence.

    Non pas parce qu’elle est revendiquée.

    Mais parce qu’elle semble avoir été conquise.

    Berlin ne cherche pas à faire oublier son histoire. Elle vit avec. Le Mur, les mémoriaux, les immeubles marqués par les décennies, les terrains laissés vides… tout rappelle qu’ici, la liberté n’a jamais été acquise.

    Et pourtant, ce qui frappe le plus, ce n’est pas son passé.

    C’est la manière dont les Berlinois ont choisi de vivre avec lui.

    Je pensais connaître Berlin.

    J’y étais déjà venue quelques années plus tôt et, comme beaucoup, j’étais tombée sous le charme de son énergie brute, de ses immenses fresques, de ses anciennes friches industrielles et de cette impression que la ville refusait de rentrer dans les cases.

    Et, contre toute attente, je me suis surprise à penser quelque chose que je n’aurais jamais imaginé écrire après mon premier séjour.

    J’avais simplement commencé à la découvrir.

    Berlin est élégante.

    Je vous vois déjà lever un sourcil.

    Moi aussi.

    Parce que, soyons honnêtes, quand on pense à Berlin, on imagine plus facilement des Birkenstock portées avec des chaussettes qu’une leçon d’élégance.

    Et pourtant…

    L’élégance berlinoise n’a rien à voir avec des talons ou des costumes impeccables. Elle tient à cette liberté d’être soi, sans jamais chercher à impressionner.

    J’ai commencé à comprendre pourquoi dès mes premières heures à Mitte.

    S’il y a un endroit qui résume cette élégance berlinoise, c’est Auguststraße.

    J’y passe des heures sans regarder l’heure.

    Une galerie derrière une porte cochère. Un café caché dans une cour intérieure. Une librairie découverte au dernier moment. Il suffit souvent de pousser une porte pour tomber sur quelque chose d’inattendu.

    Située dans Mitte, le cœur historique de Berlin, Auguststraße raconte à elle seule une partie de la métamorphose de la ville. Longtemps marquée par la division entre l’Est et l’Ouest, elle est devenue l’une des rues les plus influentes de la scène artistique berlinoise. Derrière ses façades discrètes se cachent certaines des galeries les plus réputées d’Europe. À quelques minutes de marche, Fotografiska consacre plusieurs étages à la photographie contemporaine tandis que la galerie König a installé l’art contemporain dans l’ancienne église Saint Agnes.

    À quelques minutes de là, les Hackesche Höfe racontent un autre visage de Mitte. Construites au début du XXᵉ siècle, ces huit cours Art nouveau mêlaient déjà logements, ateliers et commerces. Aujourd’hui, on passe de l’une à l’autre comme dans un petit village caché, entre cafés, créateurs et boutiques indépendantes.

    J’aime tout autant flâner sur Rosenthaler Straße, qui longe les Hackesche Höfe.

    S’il y a un endroit où mon mari sait qu’il va devoir patienter, c’est bien ici. Je m’arrête devant presque chaque concept store. Les sélections sont pointues sans être intimidantes. On y découvre de jeunes marques, du design, de la papeterie, de la décoration… Le genre de boutiques qui donnent envie de refaire entièrement son intérieur alors qu’on était simplement sortie chercher une glace.

    C’est aussi ici que mes enfants ont décrété avoir trouvé la meilleure glace de Berlin. Enfin… du monde, si j’en crois leur enthousiasme.

    Trois passages chez Canal en quelques jours.

    J’aimerais vous dire que nous revenions admirer les Hackesche Höfe.

    La vérité est beaucoup moins glorieuse.

    Nous revenions surtout pour cette glace.

    Et je dois reconnaître qu’ils avaient peut-être raison.

    C’est également dans ce quartier que nous sommes entrés presque par hasard à la Biennale de Berlin. Nous pensions simplement visiter une exposition. Nous avons finalement terminé la soirée un verre à la main, dans le bar installé au cœur du lieu, au milieu d’un événement que nous n’avions absolument pas prévu.

    Quelques stations plus loin, un autre Berlin apparaît : Kreuzberg.

    Si Mitte raconte le renouveau culturel de la ville, Kreuzberg en raconte sans doute l’âme la plus libre.

    Longtemps adossé au Mur, le quartier est devenu, dès les années 1970, un refuge pour les étudiants, les artistes, les musiciens, les militants et une importante communauté turque. Bien avant que la diversité ne devienne un argument marketing, elle faisait déjà partie de son identité.

    C’est ce qui rend Bergmannstraße et Graefestraße si agréables.

    On n’y vient pas pour cocher une liste d’adresses.

    On y vient pour vivre Berlin.

    Les cafés débordent sur les trottoirs, les librairies indépendantes côtoient les concept stores, les boulangeries artisanales voisinent avec des restaurants venus des quatre coins du monde. Puis, sans vraiment s’en rendre compte, on finit au bord du Landwehrkanal, où les Berlinois se retrouvent dès que le soleil apparaît.

    À Berlin, les quartiers vivent d’abord pour ceux qui les habitent. C’est sans doute ce qui les rend si attachants.

    Après la chute du Mur, il fallait réinventer une ville coupée en deux.

    Les Berlinois auraient pu effacer les traces du passé.

    Ils ont choisi de construire avec lui.

    Je repars avec l’impression que Berlin ne s’est pas encore complètement laissée découvrir.

    Et c’est peut-être ce qui donne envie d’y revenir.

    Dormir au cœur du Berlin créatif

    Telegraphenamt
    L’ancienne poste impériale est devenue l’un des plus beaux hôtels de Mitte. Volumes spectaculaires, design contemporain et emplacement idéal pour explorer Auguststraße, Hackesche Höfe et Rosenthaler Straße à pied.

    Château Royal
    Une adresse élégante et discrète où l’art contemporain dialogue avec une décoration raffinée. Un refuge paisible à quelques minutes d’Unter den Linden.

    The Circus Hotel
    Une adresse créative, chaleureuse et accessible, au cœur de Rosenthaler Platz. L’endroit idéal pour profiter du Berlin le plus vivant sans renoncer au confort.


    Les plus belles parenthèses gourmandes

    Father Carpenter
    Caché au fond d’une cour intérieure, ce café est devenu une véritable institution. Un excellent café de spécialité, des brunchs généreux et une atmosphère paisible loin de l’agitation des grandes avenues.

    House of Small Wonder
    Une adresse lumineuse où l’on vient autant pour le décor que pour l’assiette. Une cuisine inspirée du Japon et de l’Europe dans un écrin de verdure.

    Grill Royal
    Une institution berlinoise au bord de la Spree. Une cuisine soignée, une belle terrasse et une clientèle mêlant artistes, galeristes et habitués.

    Canal
    Des glaces devenues incontournables. Les parfums évoluent au fil des saisons et justifient largement le détour. Mes enfants me l’ont d’ailleurs rappelé… trois fois.

    Bonanza Coffee Roasters
    L’un des pionniers du café de spécialité à Berlin. Une adresse simple, exigeante et toujours pleine de vie.


    Flâner autrement

    Auguststraße
    Sans doute la rue la plus inspirante de Berlin. Galeries, cafés, concept stores et cours cachées invitent à ralentir et à laisser la curiosité guider la promenade.

    Rosenthaler Straße
    Le cœur créatif de Mitte. Une rue où l’on entre dans une boutique « juste pour regarder » avant d’y passer beaucoup plus de temps que prévu.

    Bergmannstraße
    L’une des rues les plus agréables de Kreuzberg, entre librairies indépendantes, terrasses animées et commerces de quartier.

    Graefestraße
    Plus discrète, plus locale, elle dévoile un Berlin où l’on prend encore le temps de vivre.

    Landwehrkanal
    En fin de journée, les berges deviennent le salon des Berlinois. On s’y installe simplement pour regarder la lumière changer.


    Les portes qu’il faut pousser

    Fotografiska
    L’un des plus beaux musées consacrés à la photographie contemporaine, installé dans un ancien bâtiment industriel. Prenez le temps de monter jusqu’au rooftop.

    König Galerie
    Une galerie d’art contemporain installée dans l’impressionnante église brutaliste Saint Agnes. Un lieu qui résume parfaitement la capacité de Berlin à réinventer son patrimoine.

    Hackesche Höfe
    Huit cours Art nouveau reliées entre elles où se succèdent ateliers, cafés, galeries et boutiques. L’un des plus beaux endroits pour comprendre l’âme de Mitte.

    Do You Read Me?!
    La librairie incontournable pour les amateurs de photographie, de design, d’architecture et de magazines indépendants.

    Voo Store
    L’un des concept stores les plus emblématiques de Berlin. Mode, design et café s’y rencontrent dans une atmosphère fidèle à l’esprit de Kreuzberg.


    Quelques détours

    Tempelhofer Feld
    Ancien aéroport transformé en immense parc public. Les Berlinois y viennent courir, pique-niquer, faire du vélo ou simplement profiter d’un espace unique en Europe.

    Charlottenburg
    Un Berlin plus classique, entre palais, belles avenues et adresses confidentielles.

    Pfaueninsel
    Une petite île classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, idéale pour une parenthèse au vert.

    Potsdam
    À moins d’une heure de train, palais, jardins et lacs offrent une escapade parfaite pour prolonger le séjour.

    L’expérience Maison Chill

    Berlin ne se résume ni à son Mur, ni à ses galeries, ni à sa vie alternative.

    On oublie souvent qu’elle fut aussi la capitale de la Prusse. Il suffit pourtant d’une vingtaine de minutes pour rejoindre le château de Charlottenburg et découvrir une autre facette de la ville : un palais baroque, des salons richement décorés, une remarquable collection de porcelaines, des jardins inspirés de Versailles et une élégance qui semble à mille lieues de l’image que l’on se fait habituellement de Berlin.

    Puis, quelques stations plus loin, retour dans une ancienne usine transformée en galerie d’art ou dans les rues créatives de Kreuzberg.

    Et si vous voyagez avec des enfants, poussez la porte d’un Kindercafé. Ces cafés, imaginés pour les familles, permettent aux plus petits de jouer librement pendant que les parents prennent enfin le temps de souffler autour d’un café.

    Une idée simple, mais révélatrice d’une ville où la qualité de vie fait partie du quotidien.

    C’est dans ses contrastes que Berlin révèle toute sa personnalité.

    22 juillet 2026

  • Venise. Comme suspendue.

    Il existe des villes qui se réinventent sans cesse.

    Tous les six mois, un nouveau quartier devient incontournable. Les cafés changent de nom, les restaurants se succèdent, les adresses à la mode remplacent celles de l’année précédente. On y revient avec la sensation que tout a changé.

    Puis il y a Venise.

    Une ville qui semble avoir fait un autre choix.

    Celui de continuer à raconter son histoire.

    À l’heure où tant de destinations rivalisent de nouveautés, Venise avance à son propre rythme. Elle évolue, bien sûr. Les habitants parlent du tourisme de masse, du coût de la vie, des jeunes qui quittent le centre historique. Mais son identité, elle, semble avoir résisté au temps.

    C’était ma deuxième visite.

    La première fois, j’étais repartie fascinée. Cette fois, j’avais surtout envie de retrouver cette ville qui m’avait tant marquée. Et de la faire découvrir à mes garçons.

    Leur programme était étonnamment simple : manger des glaces, comparer les pizzas, monter et redescendre tous les ponts possibles et traverser les canaux dès qu’ils apercevaient une gondole.

    Finalement, ils avaient peut-être tout compris.

    Quelques jours avant notre départ, une amie me racontait ses vacances avec son ex-mari. Chaque journée ressemblait à une course contre la montre. Un musée, deux monuments, trois restaurants recommandés, un coucher de soleil à ne surtout pas manquer… Le soir, toute la famille était épuisée.

    J’y ai repensé en regardant mes enfants courir d’un pont à l’autre.

    Ils n’avaient aucune idée de l’endroit où nous étions censés aller ensuite.

    Et ils semblaient parfaitement heureux.

    Je ne suis pourtant pas de ceux qui pensent qu’il faut éviter les lieux célèbres. Bien au contraire.

    Si la place Saint-Marc attire autant de voyageurs, c’est sans doute parce qu’elle le mérite.

    La basilique aussi.

    Je me souviens encore de ce moment où j’ai levé les yeux vers ses mosaïques. Une nouvelle fois, la beauté m’a donné envie de pleurer. Certaines œuvres impressionnent. D’autres vous saisissent sans prévenir. Saint-Marc fait partie de celles que l’on emporte avec soi bien après le retour.

    Le Palais des Doges mérite le même respect. Derrière ses façades gothiques se cache bien plus qu’un palais : le cœur de la République de Venise. Pendant plus de mille ans, la Sérénissime fut l’une des plus grandes puissances maritimes du monde. Ses marchands naviguaient jusqu’à Constantinople, ses navires dominaient la Méditerranée et ses artistes faisaient rayonner la ville bien au-delà de la lagune.

    C’est aussi cela qui rend Venise si singulière.

    On ne visite pas seulement une ville.

    On marche dans une histoire qui continue d’habiter les pierres.

    Puis il suffit de s’éloigner de quelques rues.

    Au-delà de la fascination

    La foule disparaît presque sans prévenir.

    À Campo Santa Maria Formosa, les conversations remplacent peu à peu le bruit des roulettes de valises. Plus loin, Cannaregio retrouve son rythme de quartier. Les enfants jouent, les habitants rentrent leurs courses, les touristes deviennent moins nombreux.

    C’est là que j’ai retrouvé la Venise que j’étais venue chercher.

    Derrière les murs de Combo Venezia, un ancien monastère transformé en hôtel, café et lieu culturel, des étudiants travaillent dans le cloître pendant que quelques voyageurs lisent ou prennent un verre. Rien d’extraordinaire.

    Justement.

    J’aime ces endroits qui n’essaient pas de devenir des attractions.

    Ils vivent.

    Comme la ville.

    En poursuivant la promenade, impossible de résister à la Libreria Acqua Alta. Des livres empilés dans des gondoles, des chats qui semblent avoir été nommés responsables des lieux, quelques marches fabriquées avec d’anciens ouvrages… On pourrait facilement trouver l’ensemble un peu théâtral. Et pourtant, le charme opère.

    En fin de journée, nous rejoignons le Squero di San Trovaso, l’un des derniers ateliers où les gondoles sont encore fabriquées et restaurées à la main. Juste en face, au Cantinone già Schiavi, les cicchetti défilent sur le comptoir pendant que les Vénitiens refont le monde autour d’un spritz.

    Nous nous sommes installés au bord du canal.

    Les garçons observaient les gondoles.

    Moi, j’observais les garçons.

    Je me suis dit que les plus beaux souvenirs de ce voyage ne seraient peut-être ni la basilique Saint-Marc, ni le Palais des Doges.

    Mais cette fin d’après-midi où personne ne regardait sa montre.

    C’est peut-être ça, finalement, le plus grand luxe de Venise.

    Non pas de nous faire remonter le temps.

    Mais de nous donner, l’espace de quelques jours, l’impression qu’il ralentit.

    Dormir dans un palais… ou un ancien monastère

    Nani Mocenigo Palace
    Un palais du XVIᵉ siècle transformé en hôtel de charme. Fresques, jardin intérieur, calme absolu et un emplacement idéal dans le quartier de Dorsoduro. Une façon de prolonger l’impression de dormir dans l’histoire de Venise, sans sacrifier le confort.

    Combo Venezia
    Plus qu’un hôtel, un lieu de vie. Installé dans un ancien monastère, Combo réunit café, restaurant, programmation culturelle et chambres au design sobre. Même sans y passer la nuit, poussez la porte du cloître.

    Ca Maria Adele
    Quelques chambres seulement, une décoration raffinée et l’une des plus belles vues sur la basilique Santa Maria della Salute. Une adresse intime pour un séjour à deux.


    Les plus belles parenthèses gourmandes

    Cantina Do Spade
    L’une des plus anciennes tavernes de Venise. Des cicchetti généreux, une clientèle mêlant habitants et voyageurs et une atmosphère qui n’a pas besoin d’être réinventée pour séduire.

    Cantinone già Schiavi
    L’adresse parfaite pour un spritz accompagné de quelques cicchetti, à déguster face au Squero di San Trovaso.

    Osteria Anice Stellato
    Une cuisine vénitienne contemporaine, discrète et précise, dans le quartier de Cannaregio.

    Torrefazione Cannaregio
    Pour une vraie pause café loin des grandes places.


    Flâner autrement

    Cannaregio
    Le quartier où Venise retrouve un rythme plus quotidien. On y marche sans objectif précis, simplement pour observer la ville vivre.

    Campo Santa Maria Formosa
    Une belle transition entre les incontournables et une Venise plus paisible.

    Fondamenta della Misericordia
    Le soir, les terrasses se remplissent d’étudiants, d’habitués et de familles. L’une des plus jolies façons de terminer la journée.


    Les portes qu’il faut pousser

    Libreria Acqua Alta
    Une librairie devenue culte où les livres cohabitent avec les gondoles, les baignoires et quelques chats particulièrement à l’aise.

    Fondazione Querini Stampalia
    Un palais encore habité par l’art contemporain, avec un jardin dessiné par Carlo Scarpa. Une halte souvent oubliée des visiteurs.

    Scala Contarini del Bovolo
    Un escalier en colimaçon offrant l’une des plus belles vues sur les toits de Venise.


    Quelques détours

    Murano
    Bien plus qu’une île où acheter du verre. Plusieurs ateliers ouvrent leurs portes et permettent d’observer les souffleurs à l’œuvre.

    Burano
    Ses maisons colorées attirent les photographes, mais l’île mérite surtout qu’on y déjeune tranquillement avant le départ des groupes.

    Torcello
    Quelques habitants seulement, une basilique exceptionnelle et une atmosphère presque hors du temps.


    L’expérience Maison Chill

    Offrez-vous le canal de la Giudecca.
    Si je ne devais garder qu’un paysage de Venise, ce serait peut-être celui-là.

    Installez-vous sur les quais des Zattere ou traversez jusqu’à la Giudecca. Devant vous, les façades de Dorsoduro, les coupoles de Santa Maria della Salute, les palais qui semblent émerger de l’eau et les vaporetti qui glissent lentement composent un panorama qui change à chaque minute.

    Le matin, la lumière est d’une incroyable netteté. En fin de journée, elle devient dorée et enveloppe les palais d’une douceur presque irréelle.

    Lorsque la brume s’invite sur la lagune, les silhouettes s’effacent, les clochers apparaissent comme des mirages et Venise semble flotter entre ciel et eau. C’est un spectacle discret, mais inoubliable.

    Prenez le temps de vous asseoir quelques minutes. Sans appareil photo. Sans chercher la photo parfaite. Regardez simplement les reflets glisser sur l’eau, les bateaux traverser le canal et la lumière transformer peu à peu les façades. À Venise, l’eau n’est pas un décor : c’est elle qui met la ville en scène.

    14 juillet 2026

  • Une autre manière de visiter Dubaï

    J’ai longtemps refusé d’aller à Dubaï.
    À cause de ses clichés, de son image impressionnante, parfois bruyante, de cette réputation sulfureuse qui semblait laisser peu de place au sensible, au juste, à l’élégance tranquille.

    Et puis, à force de la voir toujours racontée de la même façon, j’ai fini par comprendre que le problème n’était peut-être pas la ville, mais le regard que l’on pose sur elle.
    Dubaï ne se résume pas à ce qu’elle montre le plus fort.
    Elle gagne à être regardée dans ses interstices.

    Dans une ruelle ombragée d’Al Fahidi à l’heure où la chaleur retombe.
    Dans un café presque vide un matin de semaine.
    Dans le silence inattendu d’une plage avant que la ville ne se réveille vraiment.

    Lorsqu’on cesse de la consommer comme un spectacle, Dubaï devient profondément intéressante.
    Ce n’est pas une ville que l’on aime immédiatement.
    C’est une ville que l’on choisit — ou pas.


    Derrière l’exhubérance, la douceur qui se mérite

    Dubaï n’a pas besoin d’être aimée pour ce qu’elle crie mais pour ce qu’elle murmure.

    Dans le quartier historique d’Al Fahidi, le temps ralentit.
    Les murs sont patinés, les cours intérieures silencieuses, les ruelles invitent à marcher sans but précis.

    Le long de la Dubai Creek, les abra glissent doucement d’une rive à l’autre.
    Le geste est simple, presque banal, et pourtant il raconte un autre Dubaï, plus ancien, plus humain.

    Plus à l’ouest, Jumeirah offre un rythme encore différent.
    Un quartier bas, aéré, presque résidentiel.
    On longe la mer, on s’arrête sans raison, on laisse la lumière organiser la journée à notre place.

    C’est un Dubaï du quotidien, rarement montré, mais profondément apaisant.

    Ralentir à Dubaï ne signifie pas s’effacer.
    Cela demande, au contraire, une forme d’attention active.

    Il faut savoir choisir : ce que l’on traverse, ce que l’on ignore, ce que l’on regarde vraiment.
    Dubaï ne se donne pas à celles et ceux qui cherchent une émotion immédiate.
    Elle s’adresse plutôt à ceux qui acceptent de faire le tri. Non pas pour consommer moins, mais pour consommer mieux.

    Peut être qu’une ville réputée bruyante peut devenir étonnamment précise, presque élégante, dès lors qu’on cesse de la parcourir comme un catalogue.
    Dubaï n’est ni intime, ni spectaculaire par nature.
    Elle devient intéressante quand on l’aborde comme un espace à habiter, temporairement, avec discernement.

    Ce n’est pas une destination que l’on subit.
    C’est une ville que l’on compose.

    Et dans cette composition, entre lumière intense, chaleur ennivrante, logistique fluide et échappées possibles, Dubaï révèle une qualité rare :
    celle de laisser chacun décider du niveau d’intensité qu’il souhaite vivre.


    Où dormir à l’ombre des grattes-ciel

    XVA Art Hotel

    Un hôtel de charme niché dans une maison traditionnelle restaurée.
    Art, calme, cour intérieure.
    Idéal pour une famille qui cherche du sens plutôt que du spectaculaire.

    Al Seef Heritage Hotel

    Une immersion élégante dans un Dubaï ancien, réinterprété avec sobriété.
    Tout se fait à pied, l’atmosphère est paisible, presque hors du temps.

    Jumeirah Dar Al Masyaf

    Plus spacieux, très agréable en famille.
    Verdure, canaux, plage accessible.
    Le confort sans ostentation.


    Les parenthèses gourmandes

    Orfali Bros Bistro

    Cuisine sincère, créative, chaleureuse.
    Une adresse où l’on se sent divinement bien, même avec des enfants.

    SEVA

    Un lieu apaisant, végétarien, presque méditatif.
    Parfait pour ralentir, déjeuner sans agitation.

    Wild & The Moon

    Simple, lumineux, sans dogme.
    Une évidence pour des repas rapides sains et bons.

    Bait Maryam

    Une cuisine levantine chaleureuse, précise, sans folklore.
    Des plats qui racontent une histoire familiale.


    Shopping et petits caprices

    Gold & Diamond Park
    Un ensemble de joailliers indépendants, à l’écart du Gold Souk (à voir également).
    Des ateliers spécialisés dans le sur-mesure, avec des délais courts et une vraie liberté de dessin.

    Comptoir 102
    Concept-store mêlant mode, objets et café.
    Sélection resserrée, axée sur des marques confidentielles et des pièces faciles à porter au quotidien.

    The Edit Dubai
    Boutique multimarques tournée vers un vestiaire contemporain.
    Des collections en petites séries, loin des logos et des saisons trop marquées.

    Tashkeel
    Espace dédié au design et à la création locale.
    Objets, livres et éditions issus de collaborations avec des artistes et designers de la région.

    Alserkal Avenue
    Quartier créatif installé dans d’anciens entrepôts.
    Galeries, librairies et ateliers accessibles à pied, sans parcours imposé.


    Le desert et bien plus encore

    Le désert, en version contemplative, tôt le matin ou à la tombée du jour.
    Marcher, s’asseoir, regarder le paysage changer. Le silence impressionne et nourrit.

    Les traversées de la Creek en abra, simples et peu coûteuses.
    Les plages de Jumeirah en semaine, pieds nus, sans mise en scène.

    Ici, rien à réussir. Juste être là.


    Virées en villes voisines

    Et si le temps le permet, plusieurs villes voisines sont accessibles rapidement
    Des échappées simples, à la journée ou sur une courte nuit, qui apportent d’autres lectures de la région.

    Abu Dhabi
    À environ une heure de route, Abu Dhabi propose une atmosphère plus institutionnelle et plus culturelle.
    Musées, architecture contemporaine pensée pour la contemplation, espaces vastes et calmes.
    Une option idéale pour une journée structurée, plus silencieuse que Dubaï.

    Sharjah
    Encore plus proche, Sharjah offre un regard différent : plus ancré, plus local, moins mis en scène.
    On y perçoit davantage l’histoire et les traditions de la région, en marge des mondanités.

    Oman
    Si l’on dispose de davantage de temps, Oman devient une évidence.
    En moins d’une heure de vol, le paysage change radicalement : montagnes minérales, routes longues, villages sobres.
    Une extension naturelle du séjour, pour celles et ceux qui souhaitent ajouter une dimension plus brute et plus silencieuse.

    Autant de respirations possibles, sans alourdir le voyage. Dubaï n’impose rien. Elle laisse faire. Et c’est exactement ce qu’on recherche…


    Conseils Maison Chill

    Éviter Downtown pour dormir
    Downtown impressionne, mais fatigue rapidement. Pour vivre la ville avec plus de justesse, privilégier des quartiers plus horizontaux et lisibles comme Jumeirah, Al Seef ou Al Fahidi, puis traverser Downtown ponctuellement, sans s’y installer.

    Prévoir un retour au logement en milieu de journée
    L’idéal est de sortir tôt le matin, quand la lumière est encore douce et la ville plus calme, puis de rentrer se poser avant que la chaleur et le rythme ne s’intensifient. Cette respiration change totalement l’expérience : on observe mieux, on fatigue moins, et l’on ressort ensuite en fin d’après-midi avec une énergie nouvellle.

    20 janvier 2026

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