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  • Key Lime Crush

    J’ai un faible pour les bonnes adresses. Et une faiblesse franchement moins raisonnable pour certains desserts. Mais de là à commander un livre de recettes aux États-Unis pour retrouver une tarte goûtée à Los Angeles ? Apparemment, il n’y avait qu’un pas. Que j’ai franchi sans la moindre hésitation.

    La coupable s’appelle Key Lime Pie. Je l’ai découverte chez Café Gratitude, à Venice, et je vous préviens : ce n’est pas le genre de dessert qu’on goûte distraitement avant de passer à autre chose. Celle-ci m’a tapé dans l’œil, puis dans les papilles. Neuf ans plus tard, elle a toujours une place de choix dans mon panthéon très personnel des desserts.

    Tout a commencé en 2017, lors d’un séjour de quatre semaines à Los Angeles. Nous avions loué une adorable villa baptisée Les 21 Palmiers, à quelques rues d’Abbot Kinney, à Venice. Farrell avait trois ans et demi, Vadim cinq mois, et nous avions bien l’intention de profiter de la ville. Entre les balades, les découvertes et les bonnes adresses, nous avons vite pris nos habitudes dans le quartier. À l’époque, Gjelina venait, dans mon souvenir, d’ouvrir, le Rose Cafe était encore une valeur sûre avant de fermer ses portes et The Butcher’s Daughter faisait déjà partie de mes préférés.

    Mais mon adresse fétiche, celle où je retournais tous les deux ou trois jours pour déjeuner, c’était Café Gratitude. J’aimais leur cuisine, leur approche végétale, l’ambiance… Et puis, il y avait cette fameuse Key Lime Pie.

    Café Gratitude, bien plus qu’une jolie adresse

    Le nom donne déjà le ton : la gratitude, ici, n’est pas seulement une jolie idée à afficher sur un mur. C’est le fil conducteur d’un concept qui associe cuisine végétale, bien-être et convivialité. Né en Californie au début des années 2000, Café Gratitude défend une autre façon de manger, avec des plats entièrement végétaux et une attention particulière portée aux ingrédients, au plaisir et au lien entre les gens.

    Il y a aussi ce petit détail très californien que j’adore : les plats portent des noms comme I Am Grateful, I Am Dazzling ou I Am Open-Hearted. En gros, on vous sert votre déjeuner avec une affirmation positive en prime. Certains trouveront peut-être ça un peu perché. Moi, je trouve l’idée plutôt réjouissante, surtout quand l’assiette est à la hauteur.

    Et elle l’était. J’ai goûté leurs salades et leurs plats, notamment la salade de choux de Bruxelles et les œufs Bénédicte. Tout était vegan, savoureux, et cette cuisine correspondait à quelque chose qui m’est cher depuis toujours : manger avec plaisir, mais aussi savoir ce que l’on met dans son assiette et ce que l’on apporte à son corps.

    Et puis il y avait leur Key Lime Pie.

    Mon dessert préféré au monde

    Voilà, c’est dit. Je pourrais essayer de nuancer, de dresser une liste, de faire semblant de garder un peu de distance critique, mais à quoi bon ? Cette tarte m’a fait un effet fou. J’en suis tombée amoureuse, et le coup de cœur a résisté aux années, aux kilomètres et à toutes les autres douceurs que j’ai pu goûter depuis.

    Sa version végétale avait tout pour me séduire. Une base aux noix de pécan et aux dattes, une garniture crémeuse associant avocat, noix de coco et citron vert. Oui, de l’avocat dans un dessert. Et c’est délicieux.

    J’ai toujours eu un faible pour tout ce qui contient du citron vert, mais ici, il y a bien davantage qu’une simple note acidulée : une texture, une douceur, un équilibre qui rendent cette tarte absolument irrésistible. La preuve qu’un dessert végétal peut être incroyablement gourmand sans chercher à imiter à tout prix sa version traditionnelle.

    Une histoire de famille

    J’ai grandi avec un père qui cuisinait sainement, à partir de produits frais achetés au marché. Chez nous, aucune conserve, aucun surgelé ne rentrait dans la maison. Pendant toute mon enfance, j’ai mangé bio et local, avec les produits de ma famille. Cela laisse des traces.

    Cette culture du fait maison, des bons produits et d’une cuisine qui respecte ce que l’on mange m’accompagne encore aujourd’hui. J’aime l’idée que les plats et les boissons puissent faire du bien au corps, sans que le plaisir soit sacrifié au passage.

    C’est aussi ce que j’aime dans certaines adresses que je découvre en voyage. J’avais déjà parlé d’Honest Greens, à Barcelone, dans un autre article de Maison Chill. Ces cantines où l’on peut déjeuner au quotidien, manger de bonnes choses et repartir satisfait, sans avoir l’impression de devoir choisir entre gourmandise et équilibre. Bien au contraire.

    Café Gratitude faisait partie de ces endroits où j’avais envie de revenir. Pour les plats, bien sûr, mais aussi pour cette façon de concevoir la cuisine. Et, dans mon cas, pour une tarte qui allait bientôt me donner une autre bonne raison de prolonger l’expérience une fois rentrée en France.

    Love Is Served : retrouver le goût de Los Angeles

    Comme souvent après un voyage, certaines choses finissent par s’estomper. D’autres restent en tête, et parfois même au palais. Cette Key Lime Pie faisait partie de la deuxième catégorie.

    Je me suis mise à chercher leur livre de recettes et j’ai découvert Love Is Served: Inspired Plant-Based Recipes from Southern California, signé par Café Gratitude et Seizan Dreux Ellis. Je l’ai trouvé en ligne et commandé depuis les États-Unis. Quel bonheur de découvrir que ma tarte préférée avait sa propre recette dans un livre que je pourrais enfin avoir chez moi !

    Elle s’intitule « I Am Awakening ». Le nom est plutôt bien trouvé.

    Petite parenthèse pour les amateurs de desserts : la Key Lime Pie traditionnelle n’est pas originaire de Californie, mais des Florida Keys, au sud de la Floride. Elle serait apparue à Key West à la fin du XIXe siècle, même si son origine exacte reste discutée. Le lait concentré sucré, les jaunes d’œufs et le jus de Key lime composent la garniture classique, déposée sur une base de biscuits. Et contrairement à certaines versions que l’on voit aujourd’hui, sa garniture est naturellement jaune pâle, pas vert vif. Depuis 2006, la Key Lime Pie est même la tarte officielle de Floride.

    J’avais désormais la recette entre les mains. Il ne me restait plus qu’à la mettre à l’épreuve en France.

    J’ai profité d’un dîner chez des amis pour la préparer et l’apporter en dessert. Ils l’ont adorée. J’étais ravie : je pouvais enfin partager avec eux cette découverte californienne, sans avoir besoin de réserver un billet d’avion pour la retrouver.

    Comme croquer dans un rêve

    À l’été 2026, de retour à Los Angeles, je suis évidemment retournée chez Café Gratitude. Il était hors de question de passer à côté. J’ai commandé la Key Lime Pie et, dès la première bouchée, j’ai retrouvé ce qui m’avait tant plu neuf ans plus tôt.

    C’était comme croquer dans un rêve : une douceur incroyable, une finesse absolue, une délicatesse qui n’enlève rien à la gourmandise. J’avais beau connaître la recette et l’avoir préparée moi-même, la retrouver chez Café Gratitude avait quelque chose de particulier.

    Il y a des plats que l’on aime sur le moment, puis que l’on oublie. Et puis il y a ceux qui nous suivent bien après le voyage, qui s’invitent dans notre cuisine et finissent par faire partie de notre histoire personnelle.

    Cette Key Lime Pie est devenue l’un de ces souvenirs que l’on peut refaire chez soi, mais dont on aime aussi retrouver l’original.

    Et si je retourne encore chez Café Gratitude, vous savez déjà ce que je commanderai en dessert.

    La version Maison Chill

    I Am Awakening, la Key Lime Pie vegan de Café Gratitude

    La version Maison Chill réduit les quantités d’huile de coco et de sirop d’agave, pour laisser toute sa place à la fraîcheur du citron vert.

    Pour une tarte de 23 cm

    Pour la base
    100 g de noix de pécan crues
    30 g de pâte de dattes
    1 c. à café d’huile de coco
    1 pincée de sel
    Quelques gouttes d’extrait de vanille
    1 c. à soupe d’eau

    Pour la garniture
    350 g de chair d’avocat mûr
    240 ml de jus de citron vert frais
    120 ml de sirop d’agave
    160 ml de lait de coco
    80 g d’huile de coco fondue
    2 g d’agar-agar
    1 pincée de sel
    Quelques gouttes d’extrait de vanille

    Pour la crème de cajou
    150 g de noix de cajou crues, trempées 4 heures puis égouttées
    50 g de sucre de canne
    ½ c. à café de sel
    30 g d’huile de coco fondue
    180 ml d’eau

    Pour le dressage
    Quelques quartiers ou zestes de citron vert
    Quelques noix de pécan

    Préparation

    1. La base. Mixer les noix de pécan, la pâte de dattes, le sel et la vanille. Ajouter l’huile de coco et l’eau, puis mixer jusqu’à obtenir une pâte qui se tient. Presser dans le fond et sur les côtés d’un moule à tarte de 23 cm.

    2. La garniture. Prélever une partie du lait de coco et y disperser l’agar-agar. Porter à ébullition en fouettant et maintenir l’ébullition selon les instructions du fabricant. Mixer immédiatement avec le reste du lait de coco et les autres ingrédients de la garniture, en ajoutant l’huile de coco fondue. Verser sans attendre sur la base.

    3. La crème de cajou. Mixer les noix de cajou égouttées avec le sucre, le sel et l’eau jusqu’à obtenir une crème lisse. Ajouter l’huile de coco fondue et mixer de nouveau.

    4. Le repos. Répartir la crème de cajou sur la tarte, puis placer au réfrigérateur pendant au moins 8 heures, idéalement toute une nuit.

    5. Le dressage. Décorer de quartiers ou de zestes de citron vert et de quelques noix de pécan. Servir bien froid.

    Le conseil Maison Chill : préparez-la la veille pour laisser les textures se stabiliser et les saveurs se développer.

    12 octobre 2026

  • Los Angeles, cette drôle d’histoire d’amour

    Je connais Los Angeles depuis longtemps. Je la connais assez pour savoir ce que j’aime chez elle, ce qui m’agace, ce qui me fascine et ce qui peut me laisser franchement perplexe. J’y étais déjà venue six fois, j’y avais des amis très chers, des souvenirs qui avaient eu le temps de prendre leur place et cette familiarité particulière que l’on entretient avec une ville que l’on a beaucoup parcourue.

    Alors pourquoi y revenir, neuf ans après ?

    La question m’a accompagnée un moment. La dernière fois, nous étions venus en famille, mais les enfants étaient encore minuscules : l’un avait trois ans, l’autre cinq mois. Cette fois, ils allaient enfin découvrir Los Angeles avec leurs propres yeux, fabriquer leurs propres souvenirs et, surtout, comprendre pourquoi leur mère avait toujours eu cette relation un peu compliquée avec cette ville.

    Nous sommes partis pour un mois et demi. C’est assez long pour sortir du simple voyage touristique, prendre des habitudes, revenir plusieurs fois au même endroit, avoir ses petites adresses et commencer à reconnaître les visages. Pourtant, au moment de partir, je ne savais toujours pas très bien si Los Angeles me manquait ou si c’étaient simplement les gens que j’y aime qui me manquaient.

    La réponse, comme souvent ici, n’allait pas être très simple.

    Dès notre arrivée, notre ami Philippe March Jones était de passage à Los Angeles pour une semaine. Galeriste et commissaire d’exposition à New York et à Kensington, Philippe occupe aussi une place importante dans l’art brut aux États-Unis. Il était là à l’occasion de l’exposition consacrée à l’artiste Susan Te Kahurangi King à la James Fuentes Gallery, sur Melrose Avenue.

    Philippe est un ami important pour nous, et le retrouver dès notre arrivée donnait déjà au voyage une tonalité particulière. Los Angeles commençait à faire ce qu’elle sait si bien faire : faire se croiser des personnes, des histoires et des univers qui, sur le papier, n’avaient aucune raison de se retrouver au même endroit.

    Entre Santa Monica et Venice

    Avant même de partir, j’avais une certitude : je voulais être près de l’océan. Venice, ou au pire Santa Monica. Pas Downtown, pas Hollywood, pas West Hollywood.

    Nous étions en vacances, certes pour longtemps, mais en vacances tout de même. Je venais chercher la lumière, les promenades à vélo, les pieds dans le sable, les journées qui s’étirent et cette fameuse douceur de vivre californienne que je continue à trouver assez séduisante malgré tout ce que je peux reprocher à la Californie.

    Nous avons trouvé un appartement absolument superbe, exactement entre Santa Monica et Venice, à quelques pas de l’immense plage. Venice Beach d’un côté, Santa Monica Beach de l’autre.

    Au onzième étage, avec l’océan comme horizon, nous avions aussi une résidence qui ressemblait presque à une petite ville privée : piscine olympique, salle de sport, espaces lounge, café, réception, gardien… Il ne manquait finalement qu’une excuse pour ne jamais ressortir.

    Pour les enfants, la piscine olympique est devenue l’un des grands souvenirs du séjour. Je crois qu’ils pourraient encore vous donner sa taille, vous raconter où ils nageaient et combien de temps ils y passaient.

    Le matin, nous descendions prendre un café avant de partir découvrir un autre morceau de Los Angeles. Le soir, nous retrouvions la plage pour le coucher du soleil, puis la piscine pour calmer les enfants. C’était notre point d’ancrage. Le reste du voyage allait consister à partir chaque jour dans une autre partie de la ville, puis à revenir ici.

    Culver City, le coup de cœur que je n’avais pas prévu

    Avant de nous installer près de l’océan, nous avons passé trois jours à Culver City. Je connaissais pourtant très bien son histoire. Culver City est intimement liée au cinéma américain, notamment à l’ancien empire MGM. Le Magicien d’Oz, Autant en emporte le vent et Chantons sous la pluie comptent parmi les films associés à cette histoire des studios. Je savais tout cela depuis longtemps.

    Ce que je n’avais jamais fait, c’était simplement m’arrêter là.

    Nous logions dans une petite maison californienne avec un potager et un grenadier absolument magnifique. Rien de spectaculaire. Juste une maison, un jardin, des rues tranquilles et cette impression de vivre quelques jours dans une Californie beaucoup plus quotidienne.

    Et j’ai adoré. Il y avait quelque chose d’assez amusant à dormir dans une petite maison tranquille au milieu d’un territoire qui a participé à fabriquer la grande mythologie hollywoodienne. Le cinéma est partout, mais il n’a pas besoin de se montrer. On peut penser aux studios, à tous les films qui ont été fabriqués ici, puis regarder quelqu’un arroser son potager comme si de rien n’était. C’est probablement ce contraste qui m’a séduite.

    Culver City a aussi quelque chose de très particulier : beaucoup de personnes qui travaillent dans le cinéma y vivent. Des producteurs, des réalisateurs, des techniciens, des équipes de production. Des gens qui fabriquent les films, souvent loin des tapis rouges et des affiches.

    On peut vivre au milieu d’une histoire hollywoodienne immense et, dans la même journée, jardiner, faire ses courses, acheter des fruits au marché et rentrer tranquillement chez soi.

    Nous sommes revenus plusieurs fois pendant notre séjour, notamment pour le farmers’ market du mardi. Les fruits y étaient incroyables. Les étals généreux, l’ambiance locale, les gens qui viennent simplement faire leurs courses. C’était une autre énergie que celle que l’on associe spontanément à Los Angeles : plus douce, plus locale, plus humaine. Culver City n’était pas dans mon programme. Elle s’est pourtant installée dans mes habitudes.

    Une ville qui pousse tout à l’extrême

    Los Angeles est une ville qui fait rêver. Le cinéma, bien sûr. La spiritualité, le wellness, la culture du corps, les studios, les stars, les grandes maisons, les palmiers, les rêves de réussite.

    Tous les clichés existent. Le plus amusant, c’est qu’ils sont souvent vrais.

    On peut passer devant un studio de yoga, croiser quelqu’un qui parle de méditation, voir une salle de sport remplie de corps parfaitement sculptés, puis entendre parler d’un nouveau régime, d’une nouvelle méthode pour rester jeune ou d’une nouvelle manière de devenir riche.

    Je me demande parfois où s’arrête la conviction et où commence la mise en scène. Est-ce que tout le monde est réellement connecté spirituellement ? Ou est-ce que chacun essaie surtout de se sauver soi-même ? De ne pas vieillir trop vite, de ne pas tomber malade, de réussir, de devenir riche, célèbre, regardé ?

    Los Angeles donne parfois l’impression d’être une ville où l’on travaille beaucoup à devenir la meilleure version possible de soi-même. Quitte à passer énormément de temps à se regarder.

    C’est probablement pour cela que La La Land me laisse un sentiment étrange. J’aime Los Angeles, mais j’ai du mal avec cette vision parfaitement chorégraphiée d’une ville qui, dans la réalité, est beaucoup plus complexe.

    Ici, le rêve côtoie la misère. Le succès côtoie l’échec. Le wellness côtoie une précarité très visible. La quête de soi peut sembler sincère, comme elle peut parfois donner l’impression d’être devenue une industrie.

    Tout est décuplé. L’ego. La réussite. La célébrité. La beauté. La pauvreté. Les ambitions.

    C’est probablement cette contradiction qui me fascine autant qu’elle m’agace.

    Je ne sais toujours pas exactement pourquoi je suis attachée à Los Angeles. Peut-être parce que mes amis y vivent. Peut-être parce que je connais suffisamment la ville pour y avoir mes habitudes. Peut-être parce que j’aime cette bipolarité, son côté imparfait, parfois impitoyable, parfois absolument magnifique.

    Ou peut-être simplement parce que certaines villes finissent par être liées à des morceaux de notre vie.

    West Hollywood, la ville de Ramos

    Ramos, mon grand frère là-bas, adore West Hollywood. Il voulait d’ailleurs absolument nous trouver un hébergement dans le quartier pendant notre séjour.

    Je n’ai pas accepté, parce que je savais déjà que je voulais vivre près de l’océan. Mais je comprends très bien pourquoi il aime autant y être.

    Ramos fait partie de ces gens que tout le monde semble connaître ici, à Los Angeles, mais aussi bien au-delà. On ne sait pas toujours très bien pourquoi, et c’est peut-être justement ce qui fait son charme.

    C’est un sacré personnage. Il a cette allure très street qui lui ressemble parfaitement et ce réseau immense construit au fil des années. Il appartient à cette catégorie de personnes qui ne sont pas forcément devant les projecteurs, mais qui connaissent ceux qui y sont, savent les mettre en relation et jouent, dans les coulisses, un rôle important dans cet écosystème du show-business. Il est rarement au premier plan, mais il n’est jamais très loin de l’endroit où les choses se passent.

    Ramos habite à Larchmont, à quelques minutes de là. West Hollywood reste pourtant l’un de ses territoires de prédilection. Il aime particulièrement le Chateau Marmont et Soho House West Hollywood.

    West Hollywood est petite à l’échelle de Los Angeles, mais elle concentre une quantité étonnante de choses : le Sunset Strip, les boutiques de mode, les galeries, le Design District, les restaurants, les hôtels, les bars, les adresses de décoration et cette population très mélangée de créatifs, d’habitués, de visiteurs et de célébrités.

    Le Design District est particulièrement intéressant pour moi. Les showrooms, les galeries et les boutiques de mobilier donnent à cette partie de la ville une vraie personnalité créative. On y retrouve ce mélange entre design, mode, architecture et lifestyle que j’aime particulièrement.

    Le Pacific Design Center rappelle aussi que Los Angeles n’est pas seulement une ville de cinéma et de musique : c’est une vraie ville de design et d’architecture.

    Plus loin, le Sunset Strip raconte une autre histoire. Il a accueilli des générations de musiciens et d’artistes, et les hôtels et restaurants du secteur sont depuis longtemps fréquentés par les personnalités du cinéma et de la musique.

    La célébrité y paraît moins exceptionnelle qu’ailleurs parce qu’elle fait presque partie du décor. Ce que j’aime surtout, c’est la tranquillité relative du quartier. On peut être au milieu de lieux très désirables sans avoir constamment l’impression d’être dans une attraction touristique. On marche, on fait ses courses, on prend un café, on va dîner. À Los Angeles, pouvoir simplement marcher sans avoir de destination précise est presque un luxe.

    Melrose, les murs sont parfois plus célèbres que les boutiques

    Le lendemain, nous sommes partis du côté de Melrose, l’un de ces quartiers qui continuent d’attirer. Les boutiques changent, les restaurants apparaissent, certaines adresses disparaissent, mais la rue conserve ce pouvoir d’attraction très particulier.

    Chez Paul Smith, le fameux mur rose est devenu presque plus célèbre que la boutique elle-même. J’ai regardé les jeunes filles se succéder devant la façade pour prendre leur photo, certaines sans même sembler envisager de pousser la porte. La boutique Paul Smith est pourtant assez éloignée de ce qu’elles semblaient venir chercher : une mode chic, classique, plutôt preppy. Le mur, lui, est devenu un décor indépendant de la marque.

    On ne vient plus forcément acheter. On vient être photographié devant.

    C’est très Los Angeles, finalement. Ici, une boutique peut devenir un décor, un café une destination, une cour un arrière-plan. La ville sait depuis longtemps fabriquer des images. Les réseaux sociaux n’ont fait qu’accélérer le mouvement.

    Sur Melrose Avenue, j’ai aussi retrouvé HYPEACH, une boutique où tout est désirable. Puis, en poursuivant la balade vers Sunset Boulevard, la célèbre marque Supreme a installé son adresse dans l’ancien emplacement de Tower Records.

    Deux univers très différents, mais qui racontent chacun à leur manière cette Los Angeles où mode, culture, musique et architecture finissent souvent par se mélanger.

    Un peu plus loin, le nouveau flagship Aimé Leon Dore apporte une autre lecture du phénomène. Ouvert en 2026 sur Melrose, le lieu mélange boutique, café et jardin dans un décor inspiré des maisons méditerranéennes, avec un vieil olivier au centre de la cour. Le Café Leon Dore prolonge l’expérience avec son univers grec, ses boiseries et son espresso bar.

    J’ai aime l’idée d’un endroit qui ne sépare plus vraiment mode, café, architecture et art de vivre. On vient regarder les vêtements, prendre un café, s’asseoir dans le jardin, observer les autres.

    À Los Angeles, la boutique n’est jamais tout à fait seulement une boutique.

    Beverly Hills, le rêve parfaitement entretenu

    Beverly Hills appartient à une autre catégorie.

    Ici, tout semble avoir été pensé pour que le rêve américain ne connaisse aucune fausse note. Les rues résidentielles sont bordées d’arbres, les jardins sont impeccables, les maisons disparaissent derrière leurs haies et Rodeo Drive aligne les grandes maisons de luxe dans une mise en scène qui pourrait facilement devenir caricaturale.

    Pourtant, Beverly Hills ne se résume pas au shopping.

    Ce qui m’intéresse davantage est cette manière dont la ville transforme le luxe en quotidien. Une voiture spectaculaire garée devant un café n’attire pas forcément l’attention. Une boutique qui serait un événement ailleurs devient simplement une boutique parmi d’autres.

    Même l’extravagance finit par paraître normale.

    J’ai aussi fait un détour par Bloomingdale’s, à Beverly Connection, où j’ai craqué pour deux robes flamboyantes. C’est peut-être ça aussi, un séjour à Los Angeles : on part avec une idée très précise de ce que l’on va faire et on revient avec deux robes que l’on n’avait absolument pas prévues.

    Westwood, le quartier qui m’a surprise

    Un autre jour, nous sommes partis vers Westwood.

    Je ne pensais pas forcément m’y attarder. Nous y sommes allés avec les enfants pour une projection de Back to the Future en plein air, et cette soirée nous a donné envie de regarder le quartier autrement. Indissociable de UCLA, Westwood possède une architecture reconnaissable, entre façades, tours et arcades, qui raconte une partie de son histoire. À la fin des années 1920, la famille Janss y avait imaginé un véritable projet urbain autour de la future université, dont le campus a ouvert ses portes en 1929

    En se promenant dans Westwood Village, on peut encore lire cette histoire dans les façades, les tours, les arcades et certains bâtiments historiques. Le Janss Dome, le Fox Theatre ou l’ancien bâtiment Ralph’s témoignent d’une époque où l’on concevait les quartiers commerciaux avec une vraie ambition architecturale. Plusieurs bâtiments du village sont d’ailleurs inscrits au National Register of Historic Places.

    Il y a aussi cette ambiance universitaire qui change complètement la population du quartier. Étudiants, familles, habitants, cinéphiles et visiteurs se croisent autour des restaurants et des petites boutiques. Le Hammer Museum et le Geffen Playhouse participent aussi à cette identité.

    Mais ce que j’ai surtout retenu, c’est notre soirée.

    Chacun apportait sa couverture, on s’installait dehors et on regardait le film sous les étoiles californiennes. Les enfants ont reçu des cadeaux.

    Le fameux DeLorean du film était là. Pour eux, c’était évidemment extraordinaire. Pour moi, il y avait quelque chose de très doux dans cette scène : une rue transformée pour quelques heures en lieu de rencontre, des familles, des enfants, un film que plusieurs générations connaissent par cœur et cette voiture devenue presque un personnage à part entière.

    Nous avons regardé Back to the Future sous les étoiles. Je crois que je n’aurais pas pu demander beaucoup mieux.

    Venice, ma vieille chérie

    Puis il y a Venice. Je la connais depuis 1996.

    C’est une vieille histoire entre nous. Je sais que beaucoup de gens connaissent Venice pour sa plage, éventuellement pour ses canaux, et s’arrêtent là. C’est dommage. Venice est bien plus que cela.

    La plage reste un spectacle en soi. Les skateurs, les artistes, les sportifs, les musiciens, les touristes, les personnages improbables, les gens qui semblent sortir d’un clip et ceux qui semblent avoir oublié qu’ils étaient dans une ville : tout cela compose un théâtre permanent.

    Mais Venice est éternelle.

    Elle n’a pas besoin d’être ramenée à une époque. Elle change, elle se transforme, elle accueille de nouvelles adresses, mais elle conserve cette liberté qui fait que je l’aime depuis si longtemps.

    Et puis il y a Abbot Kinney.

    C’est ma rue préférée.

    Je pense même que c’est peut-être l’une des parties les plus trendy de tout Los Angeles. Les boutiques, les restaurants, les glaciers, les concept stores, les façades photogéniques et cette façon qu’ont les gens de se promener comme s’ils n’avaient absolument rien d’urgent à faire.

    C’est là que se trouve Fast Times, derrière Buck Mason. J’ai adoré cet endroit, et encore davantage lorsque j’y ai découvert un livre consacré à mon ami Philippe March Jones, et ce petit hasard m’a forcément fait sourire.

    Fast Times mélange café, librairie et galerie dans un espace très épuré, avec des livres d’art, de la céramique, du mobilier contemporain et cette esthétique très Los Angeles où même une tasse de café semble avoir été choisie avec un directeur artistique.

    Les enfants, eux, étaient déjà parfaitement à leur aise chez Fast Times, comme s’ils avaient décidé que cet endroit faisait partie de la maison.

    Abbot Kinney, c’est aussi l’endroit où j’ai retrouvé cette porosité entre mode, décoration, culture, livres, café et art de vivre que j’aime tant à Los Angeles.

    C’est aussi là que se trouve Café Gratitude, l’un de mes restaurants préférés aux États-Unis. J’y ai mangé, selon moi, les meilleurs plats vegan que j’aie jamais goûté ici. Leur key lime pie entièrement reste une petite obsession personnelle.

    Je pourrais probablement faire un voyage à Los Angeles uniquement pour cette tarte. Ce serait une justification discutable, mais je l’assumerais assez facilement. J’ai par ailleurs commandé leur livre de recette depuis la France, il y a quelques années.

    Les burgers de The Win~Dow méritent aussi leur place dans mes découvertes gourmandes. Nous avons testé plusieurs adresses pendant le séjour. À Venice, Santa Monica, Hollywood Boulevard et The Grove… et ils sont délicieux. 

    Venice, c’est aussi Erewhon, cette enseigne d’épicerie ultra-chic et particulièrement chère, devenue un véritable symbole du lifestyle californien. On en trouve dans plusieurs des quartiers les plus aisés de Los Angeles : sa présence est presque un indicateur de standing. Produits ultra-sélectionnés, plats préparés, jus et esthétique impeccable… Ici, même faire ses courses peut prendre des allures de sortie. Erewhon n’a pas vraiment d’équivalent ailleurs, et c’est aussi ce qui le rend si typiquement californien.

    Venice, c’est aussi les canaux.

    Je les aime parce qu’ils racontent une autre histoire de Venice, plus calme, presque intime. Le rêve d’Abbot Kinney était de recréer en Californie une version de la Venise italienne, avec ses canaux.

    Une idée un peu folle qui a fini par devenir l’un des paysages les plus reconnaissables du quartier. Je pense aussi à Julia Roberts, l’une de mes actrices préférées à une certaine époque, qui a vécu à Venice et fréquenté certaines des adresses que j’aime.

    Ce genre de détail me plaît. Il rappelle que derrière les lieux que l’on découvre aujourd’hui, il y a aussi les histoires de ceux qui les ont aimés avant nous.

    Santa Monica, notre quartier

    Après Venice, Santa Monica.

    C’était notre voisinage, notre quotidien, l’endroit où nous revenions chaque soir. Il était donc impossible de raconter ce séjour sans lui donner sa place. Santa Monica est plus calme que Venice. Plus familiale aussi, plus touristique sans doute, mais avec une vraie douceur.

    La plage, la jetée, les vélos, les joggers, les enfants, les restaurants et les boutiques donnent au quartier une impression de facilité que l’on apprécie d’autant plus après avoir traversé Los Angeles pendant plusieurs heures. C’est probablement la partie de Los Angeles qui correspond le plus à l’image que l’on se fait de la Californie.

    Main Street est devenue l’un de nos terrains de promenade. J’y ai découvert Lost & Found, une boutique incroyable où se mélangent décoration et vêtements. Puis 2nd STREET, une boutique vintage et de seconde main où j’ai trouvé deux jeans dans un état absolument neuf.

    Comme d’habitude, j’ai aussi craqué pour des épices à rapporter à la maison. Cette fois, elles venaient de Trader Joe’s, un supermarché devenu tendance pour ses produits orignaux et ses tote bags.

    Malibu et Pacific Palisades

    Nous avons aussi pris la direction de Malibu, puis de Pacific Palisades, qui se relève peu à peu après les incendies. Les traces sont encore là, mais la vie reprend, comme la Californie sait si bien le faire.

    Après toutes les images de Los Angeles que l’on connaît, il y avait quelque chose de particulier à voir cette partie de la Californie dans ce moment-là : un paysage magnifique, marqué, mais déjà tourné vers ce qui vient après.

    Downtown, l’autre visage de Los Angeles

    Il fallait évidemment aller à Downtown.

    J’aime ses musées, son architecture, ses rues, ses bâtiments anciens mêlés aux constructions plus récentes. J’aime cette sensation de retrouver une vraie densité urbaine après les quartiers plus horizontaux de l’ouest. Mais Downtown n’est pas un seul quartier. Il y a Historic Core, l’Arts District, Little Tokyo, South Park, la Fashion District, Chinatown, Bunker Hill. Chaque secteur possède sa propre atmosphère.

    Les enfants ont particulièrement aimé Little Tokyo. Ils rêvent depuis longtemps d’aller à Tokyo, une ville que je connais déjà et dont je leur parlerai un jour dans un autre récit. Ici, ils ont découvert ce petit morceau de culture japonaise avec une curiosité assez touchante, comme si Los Angeles leur avait offert un avant-goût du voyage qu’ils attendent déjà.

    L’Art District, de mon côté, me fait toujours un effet très particulier.

    Ses anciens bâtiments industriels transformés, ses galeries, ses cafés, ses murs couverts de peinture et cette manière de faire cohabiter création et vie quotidienne me rappellent immédiatement New York, la ville de mon cœur.

    Downtown oblige aussi à regarder ce que les autres quartiers permettent parfois d’oublier. La présence des personnes sans-abri est importante et certains secteurs peuvent donner une sensation d’insécurité qui n’a rien à voir avec l’image glamour de Beverly Hills ou la décontraction de Venice.

    Je ne peux pas faire semblant de ne pas le voir.

    C’est aussi ce qui me gêne lorsque Los Angeles est réduite à une carte postale. La ville est capable d’une beauté incroyable, mais elle porte aussi des fractures très visibles. Les deux existent simultanément.

    J’avais aussi une affection très personnelle pour The Original Pantry Café, où j’aimais aller prendre le petit déjeuner. Le lieu avait cette atmosphère de vieux diner où les serveurs semblaient faire partie des murs et connaissaient leur métier par cœur. Il a fermé, et avec lui une petite partie de mes habitudes à Los Angeles. Mais il est question d’une réouverture…

    Hollywood Boulevard, le décor…

    Hollywood Boulevard est évidemment incontournable.

    Les étoiles sur le trottoir, le Chinese Theatre, les avant-premières, les personnages costumés, les vendeurs de souvenirs : tout ce que l’on imagine est là. Ce qui me plaît, c’est que Hollywood Boulevard ne cherche même plus à faire semblant.

    Il sait que les visiteurs viennent chercher du cinéma et leur sert une version XXL du cinéma.

    La journée, c’est un grand théâtre à ciel ouvert. Le soir, l’atmosphère devient nettement moins séduisante et les miracles que l’on peut y croiser ne sont pas forcément ceux que l’on raconterait aux enfants.

    Mes enfants, eux, ont eu une expérience très différente du Chinese Theatre. Il y a eu le camp de gamers autour de YouTube et des jeux vidéo, offert par Fonzie. Puis les Minions sur le tapis rouge.

    Pour eux, Hollywood n’est donc pas seulement les étoiles sur le trottoir. C’est aussi un camp de gamers et un tapis rouge avec des personnages qu’ils connaissent.

    Je crois qu’ils n’auront jamais exactement la même définition de Hollywood que moi.

    Les endroits où Los Angeles devient personnelle

    Une ville finit toujours par devenir une collection de personnes.

    Laquelle Mari est une fille incroyable et talentueuse, importante dans mon cœur. Son parcours est à lui seul une petite histoire de la Californie contemporaine, à la croisée de l’innovation, de l’intelligence artificielle et des technologies de demain.

    Elle travaille notamment autour de l’intelligence artificielle et du quantique, et a participé à développer des technologies à la croisée de ces deux univers. Elle est notamment présentée comme co-inventrice d’une technologie d’intelligence artificielle quantique-photonique.

    À Los Angeles, elle développe également son activité autour de l’innovation et de l’avenir de l’IA avec Future of AI Studio. Elle est impliquée dans des réflexions qui dépassent la simple technologie : stratégie, innovation, nouvelles applications de l’IA et manière dont ces technologies vont transformer notre société.

    Elle fait également partie des personnes impliquées dans le U.S. AI Council et a participé à la création de la Declaration of Artificial Intelligence for the Future of Humanity.

    Ce que j’aime chez Laquelle, au-delà de tout cela, c’est qu’elle n’a rien de la caricature de la personne qui travaille dans la deep tech. Elle est drôle, belle, brillante, curieuse, et suffisamment passionnée pour pouvoir passer d’une conversation sur l’avenir de l’intelligence artificielle au profit de l’humanité à quelque chose de drôle en quelques secondes.

    C’est aussi pour cela qu’elle compte pour moi.

    Los Angeles est pleine de gens qui inventent, produisent, imaginent et cherchent déjà à construire ce qui viendra après. Laquelle en fait partie, mais elle reste avant tout Laquelle : une amie, une personne importante dans mon cœur, et l’une de ces rencontres qui rendent une ville beaucoup plus personnelle.

    Mario Tahi Lathan est un vieil ami. Nous vivions à New York à la même époque. Il a ensuite choisi la Californie pour sa qualité de vie, tandis que je suis restée très attachée à New York.

    Il est réalisateur, producteur et monteur, diplômé de Howard University. Son travail l’a amené à naviguer entre documentaire, télévision, musique et culture, avec des productions diffusées notamment sur PBS, TNT, BET, ESPN, CNN, E! et NBC. Il a réalisé plusieurs documentaires consacrés à la musique et à la culture, dont This Is The Bash, autour du jazzman haïtien Jowee Omicil, et Jaimeo Brown’s Transcendence.

    J’aime particulièrement cette manière qu’il a de raconter les histoires : avec un pied dans le cinéma, un autre dans la musique et toujours cette curiosité pour les gens et les cultures.

    Il fait partie de ces amis qui ont connu une autre partie de ma vie, celle de New York, et qui donnent à Los Angeles une profondeur supplémentaire. Quand on retrouve quelqu’un après des années, ce n’est jamais seulement la personne que l’on retrouve. C’est aussi une version de soi-même.

    Puis il y a Gerald Clayton, mon petit frère.

    Il n’était pas à Los Angeles pendant notre séjour. Il m’avait invitée à l’une de ses jam sessions à Sam First, les Tuesday Happenings. Je suis partie le jour où Gerald revenait.

    Je l’ai rencontré à ses débuts, aux côtés de l’immense trompettiste Roy Hargrove, qui a fait partie de ma vie personnelle jusqu’à sa mort. Gerald était déjà un pianiste absolument remarquable, et j’ai suivi son parcours avec beaucoup d’affection et d’admiration.

    Depuis, il a construit une magnifique carrière : artiste Blue Note, plusieurs fois nommé aux Grammy Awards, il a notamment travaillé avec Diana Krall, Charles Lloyd, Dianne Reeves, John Scofield et, bien sûr, Roy Hargrove. Pianiste et compositeur, il a aussi signé la musique du documentaire MLK/FBI et composé une œuvre commandée par le LACMA.

    Mais derrière ce parcours impressionnant, il reste pour moi Gerald, mon petit frère.

    Il n’était pas à Los Angeles pendant notre séjour. Il m’avait invitée à l’une de ses jam sessions à Sam First, les Tuesday Happenings. Je suis partie le jour où Gerald revenait. Nous nous sommes donc ratés.

    C’est aussi ça, les voyages qui durent un mois et demi : on croit avoir tout le temps et on découvre qu’une ville immense peut encore réussir à vous faire manquer quelqu’un.

    Fonzie fait aussi partie de cette histoire.

    Aussi généreux qu’intrigant, Benjamin Greenfield évolue à la croisée de l’entertainment, de la création et des marques. Il a offert aux enfants la possibilité de participer à des stages autour de YouTube et du gaming, dont un camp de gamers au Chinese Theatre. Une expérience exceptionnelle, habituellement coûteuse, qui représentait un véritable rêve pour beaucoup d’enfants.

    Et puis il y a eu cette soirée chez Snoop Dogg, dans son compound de Los Angeles, à l’occasion de Broadus Together. Diffusée en partie en direct sur TikTok, elle réunissait artistes, créateurs et personnalités de la culture West Coast. Snoop avait vu les choses en grand : open bar, goodies, food trucks proposant tacos et burgers, et même ses glaces Dr Bombay. Une soirée généreuse et spectaculaire, avec tapis rouge, à l’image d’une certaine idée du divertissement à l’américaine.

    Grâce à Ramos et l’équipe de Snoop, nous avons pu faire découvrir cet univers aux enfants. Nous ne sommes pourtant pas étrangers aux coulisses de l’entertainment : mon mari travaille pour la télévision nationale, au contact d’artistes de premier plan, tandis que j’ai toujours interviewé, pour des médias grand public, des artistes internationaux, chanteurs, rappeurs, musiciens et acteurs. Les enfants ont grandi au contact de nos projets, entre concerts, expositions et rencontres.

    Mais assister à une soirée avec Snoop Dogg, à Los Angeles, chez lui, c’était tout de même autre chose. Pour eux, il est aussi ce personnage du jeu video Fortnite, reconnaissable à sa danse bien à lui. Le retrouver dans son propre univers, au milieu d’une soirée aussi généreuse, avait quelque chose d’assez surréaliste. Et puis, aux États-Unis, tout semble prendre une autre ampleur : la musique, les invités, la mise en scène, la nourriture, l’énergie. Une soirée qui aurait déjà été exceptionnelle en France prenait ici une dimension presque irréelle.


    Los Angeles sans voiture

    Je voyage sans voiture depuis plus de trente ans.

    À Los Angeles, cela peut sembler presque incongru. Nous avons donc principalement utilisé les transports en commun, sauf lorsque des amis nous conduisaient. Cela demande un peu d’organisation, surtout lorsque l’on veut passer de l’océan à Downtown, puis rejoindre Westwood ou un autre quartier.

    Les distances sont considérables et la circulation peut transformer un trajet banal en véritable expédition. Mais cette façon de circuler m’a aussi permis de voir une autre Los Angeles.

    J’ai souvent eu l’impression d’observer davantage les quartiers, les gens et les changements de décor que lorsque l’on traverse la ville dans une voiture. J’ai même rencontré des habitants qui ne savaient pas toujours qu’il existait une solution en transports pour rejoindre certains endroits où nous nous rendions.

    Cela m’a beaucoup amusée. Depuis plus de trente ans, on me demande comment je fais sans voiture. Los Angeles m’a plutôt confirmé que c’était possible, à condition d’accepter de ne pas tout faire vite.

    Pour une ville qui vous oblige déjà à composer avec les distances, c’est peut-être une bonne leçon.

    Los Angeles est ainsi. Elle ne cesse de déplacer le décor. On croit avoir compris la ville, puis elle vous emmène ailleurs. C’est ce que j’ai fini par accepter et peut-être par aimer.


    Où poser ses valises

    Château Marmont, West Hollywood

    Derrière ses murs couverts de lierre, le Château Marmont conserve le parfum d’un Hollywood mythique. Ses bungalows, ses jardins et ses couloirs semblent encore retenir quelques fragments de nuits légendaires.

    Maison Twenty Seven, Venice

    Une maison d’hôtes à l’esprit résidentiel, loin des hôtels standardisés et de leur anonymat. Lignes épurées, matières naturelles et atmosphère intime composent une parenthèse apaisée.

    The Kinney Venice Beach, Venice

    À quelques rues de l’océan, The Kinney mêle couleurs franches, lignes graphiques et esprit californien. Sa piscine sur le toit invite à ralentir entre deux promenades dans le quartier. Hôtel trendy et décontracté.


    Les plus belles parenthèses gourmandes

    Café Gratitude

    La cuisine végétale s’y déploie dans une atmosphère lumineuse, entre assiettes colorées et ingrédients soigneusement choisis. Le menu, ponctué de formulations positives, prolonge l’esprit bien-être jusque dans les détails.

    Café Leon Dore, Melrose

    Le café d’Aimé Leon Dore prolonge l’univers de la marque dans un décor de villa méditerranéenne. Olivier, jardin et architecture composent un écrin où mode et art de vivre se rencontrent.

    The Win~Dow, Venice

    Une fenêtre ouverte sur une cuisine simple et précise, entre burgers moelleux et frites croustillantes. L’adresse s’inscrit dans le quotidien de Venice, entre habitants, promeneurs et habitués de la plage.

    Erewhon

    Erewhon transforme les courses en expérience esthétique, entre produits sélectionnés et boissons sophistiquées. On y retrouve une certaine idée du bien-être californien, aussi luxueuse que minutieusement mise en scène.

    Gjelina, Venice

    Sur Abbot Kinney, Gjelina reste une adresse emblématique de cette cuisine californienne qui célèbre les légumes, le feu et le partage. Une table vivante, généreuse, parfaitement accordée à l’énergie de Venice.

    Sous Sous, Venice

    Une adresse plus discrète, où l’on vient chercher une cuisine précise et une atmosphère sans ostentation. Ici, les détails comptent davantage que la mise en scène.

    Destroyer, Culver City

    Dans un décor minimaliste, Destroyer brouille les frontières entre café, laboratoire et restaurant. Ici, chaque assiette joue sur les textures, les températures et les détails avec une précision presque architecturale.

    San Damián, Downtown Los Angeles

    Une cuisine péruvienne expressive, portée par les couleurs, les textures et les influences multiples. Une adresse qui participe à ce Los Angeles où les cultures se rencontrent sans jamais se fondre complètement.

    Dan Tana’s, West Hollywood

    Derrière sa façade discrète, le temps semble s’être arrêté quelque part entre Hollywood et la dolce vita italo-américaine. Nappes blanches, service traditionnel et atmosphère de vieille institution : une autre facette de la ville.

    Catch LA, West Hollywood

    Catch LA appartient au Los Angeles des soirées, des terrasses et des lumières qui se prolongent tard. Une adresse aussi attentive au décor qu’à ce qui se passe dans l’assiette.


    Flâner autrement

    Sunset Junction, Silver Lake

    À Sunset Junction, Los Angeles prend des airs de village, avec ses cafés, ses petites boutiques et ses terrasses pleines de vie. Un quartier à parcourir sans itinéraire précis, en se laissant guider par les façades.

    York Boulevard, Highland Park

    York Boulevard offre un visage plus local de Los Angeles, entre commerces indépendants, bâtiments anciens et nouvelles adresses. Une rue où l’on ressent davantage la vie quotidienne que le spectacle de la ville.

    Sawtelle Japantown

    Sawtelle est un autre quartier où la culture japonaise s’exprime dans les restaurants, les épiceries et les boutiques. On passe d’un comptoir de ramen à une pâtisserie, d’une librairie à une adresse de design.

    The Grove

    The Grove assume pleinement son côté décor de cinéma : rues impeccables, tramway, fontaines et boutiques. Une promenade presque irréelle, mais fascinante pour ce qu’elle raconte du rêve californien.

    The Row DTLA

    Dans ses anciens bâtiments industriels, The Row DTLA mêle briques, design, restaurants et créateurs indépendants. Un Downtown plus brut, où l’architecture conserve la mémoire de ce qu’était le quartier.


    Les portes qu’il faut pousser

    The Broad

    Avec sa façade en nid d’abeilles, The Broad impose une présence sculpturale au cœur de Downtown. À l’intérieur, l’art contemporain dialogue avec une architecture lumineuse et spectaculaire.

    TCL Chinese Theatre

    Sur Hollywood Boulevard, le TCL Chinese Theatre conserve quelque chose du cinéma rêvé, avec ses empreintes de stars et son décor théâtral. Une plongée dans une mémoire hollywoodienne devenue presque irréelle.

    Maxfield, Melrose

    Maxfield ne ressemble pas à une boutique ordinaire : la mode y côtoie l’art, le design et les objets de collection. Une adresse radicale où le shopping prend des airs de visite culturelle.

    Bazar, Venice

    Bazar se découvre dans une rue plus discrète de Venice. Mode, bijoux, accessoires, objets d’apothicaire et mobilier s’y mêlent dans une sélection éclectique. Une boutique à l’esprit californien, libre et inattendu.

    Aimé Leon Dore, Melrose

    Chez Aimé Leon Dore, la boutique se prolonge dans un café et un jardin inspirés d’une villa méditerranéenne. Tout y est pensé comme un art de vivre, des vêtements à l’architecture.

    Fast Times, Melrose

    Derrière Buck Mason, Fast Times réunit café, librairie, galerie et objets de design. Livres d’art, céramiques et mobilier contemporain s’y découvrent au fil des rayons.


    Quelques détours

    Getty Villa, Pacific Palisades

    Une villa romaine reconstituée face au Pacifique, des jardins et des collections antiques : la Getty Villa semble appartenir à un autre continent. Une rencontre improbable entre Méditerranée ancienne et lumière californienne.

    Palm Springs

    Palm Springs est une parenthèse de lignes modernistes, de palmiers et de montagnes désertiques. Une ville où l’architecture des années cinquante dialogue encore avec le paysage.

    Catalina Island , Avalon

    Un petit air de Méditerranée, des maisons pastel et un port où les bateaux semblent faire partie du décor. Avalon offre une parenthèse insulaire étonnamment dépaysante, à quelques encablures de Los Angeles.

    Santa Barbara

    Une architecture espagnole, des jardins luxuriants et cette lumière particulière qui enveloppe la côte californienne. Santa Barbara possède une élégance tranquille, entre galeries, boutiques et terrasses ouvertes sur l’océan.

    Joshua Tree National Park

    Le désert de Joshua Tree impose un paysage abstrait, sculpté par les rochers et les arbres de Josué. La lumière transforme les volumes au fil de la journée. Un détour pour retrouver une Californie plus brute, vaste et contemplative.

    Maison Chill Experience

    Déjeuner les pieds dans le sable à Paradise Cove
    Au Paradise Cove Beach Café, à Malibu, le cadre fait partie intégrante de l’expérience. Installez-vous face au Pacifique, directement sur le sable, pour un déjeuner simple et décontracté, puis prolongez le moment par une promenade sur la plage. Restez jusqu’en fin d’après-midi, lorsque la lumière se fait plus douce, que les couleurs s’intensifient et que l’océan devient le véritable point focal.

    21 septembre 2026

  • Stockholm, la ville qui apaise

    Je ne m’attendais pas à aimer Stockholm à ce point l’été. J’ai beaucoup voyagé, et certaines villes m’ont fascinée, d’autres enthousiasmée, mais Stockholm m’a procuré quelque chose de beaucoup plus rare : une sensation d’apaisement presque immédiate. Il y a dans la manière dont les Suédois vivent la ville quelque chose de profondément serein. Les gens sont courtois, souriants, discrets, rarement bruyants ou envahissants. Peu de comportements agressifs, peu d’incivilités, presque jamais cette agitation sonore que l’on finit par ne plus remarquer dans certaines grandes villes. Même lorsqu’il y a du monde, l’atmosphère reste étonnamment douce.

    C’est peut-être cela qui m’a le plus frappée à Stockholm : cette façon très nordique d’être là, pleinement, mais sans prendre toute la place.

    Nous logions à Södermalm, à Tantogatan, dans un appartement qui donnait directement sur la partie la plus agréable de Tantolunden. Les enfants se baignaient sur la petite plage devant chez nous malgré une eau franchement fraîche, tandis qu’autour d’eux, les fleurs, les grands arbres et les petites maisons en bois rouges et brunes cachées sous les feuillages composaient un décor que je n’aurais jamais imaginé trouver dans une partie aussi peuplée de Stockholm.

    Le soir, les habitants continuaient à profiter du quartier. Il y avait un championnat de mini-golf, des cours de danse et de musique scandinave, des écureuils, des lapins qui couraient dans l’herbe et des canes accompagnées de leurs canetons qui se promenaient au milieu des gens sans la moindre inquiétude. C’est probablement cette nature très présente, avec ses jardins, ses fleurs et ce côté presque bucolique, qui m’a le plus surprise.

    Nous avons énormément marché pendant notre séjour. Notre application de suivi des pas a probablement connu sa meilleure semaine de l’année, mais Stockholm se prête tellement bien à la marche qu’il aurait été dommage de faire autrement. On passe d’une île à l’autre, on traverse un pont, on longe l’eau et l’on change de décor sans vraiment s’en rendre compte. Et lorsque les jambes commencent à protester, les immenses bancs aux formes de transats que l’on trouve un peu partout sont une excellente excuse pour s’arrêter. Certaines pauses peuvent même se terminer dans l’eau, puisque Stockholm offre des possibilités de baignade et des piscines en pleine ville.

    Depuis Södermalm, nous avons rejoint Långholmen, une petite île très verdoyante connue pour ses chemins, ses plages et ses promenades au bord de l’eau. J’ai particulièrement aimé Stora Henriksvik, un café-restaurant installé dans une ancienne maison entourée d’un jardin, où l’on peut déjeuner ou prendre un café avant de poursuivre la balade.

    Et puis nous avions deux autres quartiers de Södermalm que j’aimais particulièrement traverser avant de rejoindre Gamla Stan : SoFo et Mariatorget. SoFo, au sud de Folkungagatan, est un concentré de petites boutiques de mode, de design, de vintage, de décoration, de cafés et de galeries. Autour de Mariatorget et de Hornsgatan, l’ambiance est légèrement différente, avec davantage de boutiques indépendantes, de seconde main et de petites adresses à explorer.

    J’ai adoré y flâner, entrer dans les boutiques sans forcément chercher quelque chose, puis continuer à pied jusqu’à Gamla Stan. C’était devenu une sorte de rituel : Södermalm, quelques détours shopping, puis la vieille ville.

    Gamla Stan, à l’écart des cartes postales

    Nous avons évidemment parcouru Gamla Stan, la vieille ville de Stockholm, avec ses ruelles étroites, ses façades colorées et ses bâtiments historiques. Nous avons traversé Stortorget, regardé le Palais royal, puis continué par Österlånggatan, Prästgatan, Trångsund et Mårten Trotzigs gränd, l’une des ruelles les plus étroites de la ville.

    J’ai particulièrement aimé m’éloigner des axes les plus fréquentés pour regarder les détails des façades et les petites perspectives qui apparaissent au détour d’une rue.

    Il y avait cependant une présence assez inattendue dans presque toutes les vitrines : Fifi Brindacier, ou Pippi Långstrump en suédois, la célèbre petite rousse aux nattes créée par Astrid Lindgren. Les enfants, qui ne s’attendaient manifestement pas à la voir surgir absolument partout, en ont eu peur au début. Ce qui nous a évidemment beaucoup fait rire.

    Nous avons également visité le Nobel Prize Museum, installé sur Stortorget dans l’ancien bâtiment de la Bourse. Le musée retrace l’histoire des prix Nobel et présente les parcours, les idées et les découvertes de leurs lauréats.

    À Slussen, grand carrefour de Södermalm entre les îles de Södermalm et Gamla Stan, nous avons découvert une autre scène très stockholmienne : Nystekt Stromming, un petit camion de restauration qui sert du hareng, reconnaissable à son gros poisson installé sur le toit. C’est manifestement une vraie pause déjeuner pour les Suédois, qui s’y arrêtent avant de repartir. Nous avons goûté et, contre toute attente, nous avons tous trouvé cela vraiment très bon, sauf mon mari, qui n’aime déjà pas beaucoup le poisson et encore moins lorsqu’il est fumé. Il n’a donc pas exactement partagé notre enthousiasme.

    Pour prendre un peu de hauteur, Katarinahissen, l’ascenseur historique de Södermalm qui surplombe Slussen, offre une très belle vue sur Gamla Stan et les îles de Stockholm. Depuis Riddarholmen, autre point de vue intéressant, la vieille ville se découvre encore différemment depuis les quais.

    Fotografiska, le musée de photographie contemporaine installé dans l’ancien bâtiment des douanes de Stadsgården, était une autre étape que je voulais absolument faire. Les expositions sont évidemment la raison d’y aller, mais j’ai aimé retrouver la ville et ses paysages dès que l’on regarde vers l’extérieur.

    Djurgården, du Vasa aux serres de Rosendals

    À Djurgården, l’île qui rassemble plusieurs des grands musées de Stockholm, nous avons notamment découvert le Vasa Museum, consacré au spectaculaire navire de guerre du XVIIe siècle retrouvé après avoir passé 333 ans au fond de la mer.

    J’aime beaucoup les bateaux et tout ce qui touche à l’histoire maritime me passionne depuis longtemps, notamment l’univers viking. Le Vasa était donc forcément l’un des musées que j’attendais le plus.

    Le navire a coulé en 1628, lors de son voyage inaugural, avant d’être renfloué en 1961. Sa taille est impressionnante, mais ce sont surtout les sculptures, les ornements et la quantité de détails conservés qui m’ont fascinée.

    À quelques minutes, le Nordiska Museet, le musée consacré à la culture et à la vie quotidienne nordiques, propose une autre manière de découvrir la Suède à travers les objets, les traditions et les modes de vie.

    Mais mon vrai coup de cœur de Djurgården a été Rosendals Trädgård, un jardin horticole avec des cultures, des vergers et de magnifiques serres où l’on peut également manger et boire un café. J’ai tellement aimé l’endroit que j’aurais volontiers prolongé la journée là-bas.

    Et j’y ai même rencontré quelques habituées particulièrement gourmandes : de jolies mésanges venaient picorer tout près de nous. Elles sont tellement habituées aux visiteurs qu’elles n’ont plus grand-chose de sauvage et semblent avoir parfaitement compris que Rosendals est une excellente adresse pour déjeuner.

    Le fika, et surtout Schweizer

    Il fallait évidemment tester le fika, cette pause suédoise autour du café et de quelque chose de sucré. J’avais repéré Café Pascal, Coffee Gallery et Fosch Artisan Pâtisserie, ainsi que plusieurs boulangeries comme Tössebageriet, Stora Bageriet, Valhallabageriet, Fabrique et Frost Bageri.

    Mais il y a une adresse qui mérite une mention particulière : Schweizer, une pâtisserie-café installée dans la très touristique Västerlånggatan, au cœur de Gamla Stan.

    À première vue, on pourrait facilement la prendre pour une adresse attrape-touristes. Elle se trouve sur l’une des rues les plus fréquentées de la vieille ville et son décor est assez éloigné des codes très épurés auxquels on associe souvent les coffee shops scandinaves.

    Et pourtant, surtout, ne passez pas votre chemin.

    L’endroit est beau, chaleureux, presque hors du temps, avec ses cagettes débordant d’oranges et de fruits qui participent pleinement au décor. On y entre un peu par curiosité et l’on comprend rapidement pourquoi l’adresse fonctionne aussi bien.

    Et puis il y a leurs cinnamon buns.

    J’en ai mangé dans beaucoup de pays. Vraiment beaucoup. Ce sont les meilleurs que j’aie jamais goûtés.

    Je sais que c’est une affirmation assez sérieuse pour une brioche à la cannelle, mais je l’assume.

    Östermalm, entre design et mode

    À Östermalm, mon parcours idéal commence à Östermalms Saluhall, le magnifique marché couvert historique du quartier, avant de passer par Svenskt Tenn, Nordiska Galleriet, Asplund et Nitty Gritty, avec une pause sur Nybrogatan puis une promenade vers Strandvägen.

    Svenskt Tenn, l’emblématique maison suédoise de décoration, est évidemment incontournable pour les textiles, les motifs, le mobilier et l’univers de Josef Frank. Nordiska Galleriet, référence du design scandinave et international, offre une sélection plus contemporaine, tandis qu’Asplund poursuit cette exploration du mobilier et des objets suédois.

    Avec Nitty Gritty, on passe naturellement à la mode.

    Après cela, une pause sur Nybrogatan, puis Strandvägen, avec ses magnifiques façades et sa promenade au bord de l’eau.

    Autour de Biblioteksgatan et Birger Jarlsgatan, les adresses mode ne manquent pas : Acne Studios, Byredo, A Day’s March, Nudie Jeans, ARKET, Totême et Filippa K, mais également maxjenny! et Maruschka De Margó, et bien d’autres.

    Pour le design et les objets, j’ai aimé Skultuna et surtout Brandstationen, un concept store installé dans une ancienne caserne de pompiers, avec du mobilier, des luminaires, des céramiques et des objets vintage.

    J’ai également trouvé les enseignes plus accessibles particulièrement intéressantes. H&M Home m’a semblé beaucoup plus chic et travaillé qu’ailleurs, avec une vraie attention portée aux matières et aux associations. Et Designtorget, enseigne suédoise consacrée au design et aux objets du quotidien, propose une sélection de créateurs qui donne facilement envie de repartir avec quelque chose.

    Dans mon cas, ce furent de petits coquetiers suédois représentant différents personnages populaires en Suède, dont l’hippopotame.

    Je n’en avais absolument pas besoin.

    Je les ai évidemment achetés.

    Une petite histoire de lin

    J’ai surtout rapporté de Stockholm ce qui finit toujours par me faire craquer : du linge de maison. Cette fois, une jolie housse de couette en pur coton vert kaki et deux housses de coussins décoratifs en lin, bien sûr, ont trouvé leur place dans ma valise.

    Petit clin d’œil à mon article sur le lin.

    Pour l’art contemporain, Wetterling Gallery et Galleri Duerr faisaient partie des adresses que j’avais envie de découvrir. Et puis il y a Thielska Galleriet, musée installé dans une villa au bord de l’eau, dont la maison et l’environnement font presque autant partie de la visite que les œuvres.

    Stockholm m’aura finalement laissé bien plus que je ne l’imaginais : la sensation d’avoir été, pendant quelques semaines, parfaitement bien quelque part.

    Où dormir

    Ett Hem
    Une maison particulière transformée en hôtel, avec un intérieur signé Ilse Crawford et une atmosphère très résidentielle. Une adresse confidentielle pour vivre Stockholm autrement.

    Hotel Frantz
    Installé dans un bâtiment historique de Södermalm, une bonne base pour profiter du quartier à pied et rejoindre facilement Gamla Stan.

    Långholmen Hotell & Prison Museum
    Dormir dans une ancienne prison est déjà une expérience en soi. Sur l’île verdoyante de Långholmen, les anciennes cellules ont été transformées en chambres et l’ancien établissement pénitentiaire abrite également un musée consacré à son histoire. La prison a fermé en 1975. 


    Les plus belles parenthèses gourmandes

    BAMBi
    Une petite table de Södermalm devenue une adresse très recherchée pour sa cuisine inventive et son atmosphère décontractée. Une bonne raison de rester dans le quartier le soir.

    Babette
    À Vasastan, une petite adresse sans prétention apparente où l’on vient pour les pizzas au feu de bois, les assiettes à partager et une très belle sélection de vins.

    Solen
    Dans le nouveau quartier de Slakthusområdet, une grande table contemporaine autour du feu, avec une cuisine qui voyage bien au-delà des classiques suédois. Le décor industriel fait partie de l’expérience.

    Triton
    Une adresse beaucoup plus confidentielle à Södermalm, avec une cuisine ambitieuse et une atmosphère presque domestique. Le genre de restaurant que l’on préfère découvrir plutôt que simplement cocher.

    SNÖ
    À Vasastan, cette gelateria familiale travaille de petites quantités de glaces artisanales avec des parfums classiques mais aussi des associations beaucoup plus audacieuses. Une bonne raison de faire un détour pour une pause sucrée.


    Flâner autrement

    Vasastan
    Un Stockholm plus résidentiel, avec une scène de cafés, de restaurants et de petites adresses indépendantes. Moins immédiatement spectaculaire que Gamla Stan, mais beaucoup plus intéressant dès que l’on veut voir comment la ville vit au quotidien.

    Kungsholmen
    Pour marcher au bord de l’eau, changer de rythme et découvrir un Stockholm plus local. L’île permet de sortir des itinéraires les plus évidents sans réellement quitter le centre.

    Slakthusområdet
    Ancienne zone industrielle devenue l’un des nouveaux pôles créatifs de Stockholm. Restaurants, bars, musique et architecture industrielle composent un décor très différent du Stockholm traditionnel.

    Skeppsholmen
    Une petite île centrale où l’on peut associer architecture, art contemporain, design et promenade au bord de l’eau. Moderna Museet et ArkDes sont installés côte à côte. 

    Snösätra
    À l’écart du centre, cette ancienne zone industrielle est devenue un immense terrain de street art et de graffiti. Les œuvres changent régulièrement et le lieu offre une vision beaucoup plus brute de Stockholm.


    Les portes qu’il faut pousser

    Moderna Museet
    Le grand musée suédois d’art moderne et contemporain sur Skeppsholmen, avec une collection qui couvre notamment Picasso, Matisse, Dalí et de nombreux artistes contemporains. 

    ArkDes
    Le musée national suédois consacré à l’architecture et au design. Une étape particulièrement intéressante à Stockholm pour comprendre comment le design s’inscrit dans la vie quotidienne et dans la ville. L’entrée aux expositions est actuellement gratuite. 

    Bio Rio
    Un cinéma indépendant à Hornstull installé dans une salle historique, avec son propre restaurant. Une adresse pour voir un film dans un cadre qui appartient véritablement au quartier plutôt que dans un complexe commercial.

    JUS
    Une boutique indépendante pour une mode plus conceptuelle et avant-gardiste, loin des grandes enseignes scandinaves que l’on connaît déjà.

    Grandpa
    Une adresse lifestyle de SoFo qui mélange mode, accessoires, objets et design. Plus intéressant à parcourir comme un univers que comme une simple boutique.


    Quelques détours

    Långholmen Prison Museum
    L’ancien établissement pénitentiaire de l’île raconte environ 250 ans d’histoire carcérale, jusqu’à la fermeture de la prison en 1975. La visite permet notamment d’entrer dans une ancienne cellule et de comprendre les conditions de vie des détenus. Le contraste avec la nature, les chemins et les possibilités de baignade de Långholmen est assez saisissant. 

    Bergianska Trädgården
    Le grand jardin botanique de Stockholm, installé au bord de Brunnsviken. Une option parfaite pour retrouver cette nature généreuse qui m’a tant plu dans la ville.

    Kastellholmen
    Une toute petite île reliée à Skeppsholmen par un pont, avec le château rouge de Kastellet et de très belles vues sur Stockholm. Une promenade courte mais particulièrement agréable.

    Vaxholm
    Pour aller voir un autre visage de l’archipel de Stockholm : petites maisons en bois, quais, bateaux et ambiance de station balnéaire. Une escapade à envisager lorsque l’on reste plusieurs jours.

    Expérience Maison Chill

    Faire un sauna avant de se jeter dans l’eau
    À Stockholm, le sauna peut se prolonger directement par une baignade. À Hellasgården, dans la réserve naturelle de Nacka, on passe du sauna au lac avant de retourner se réchauffer au bord de l’eau. Une expérience très suédoise, entre forêt, chaleur et baignade.

    Prendre un ferry comme un moyen de transport
    À Stockholm, le bateau n’est pas seulement une excursion touristique. Plusieurs ferries font partie du réseau de transports publics SL : on peut donc les emprunter avec le même billet que le métro ou le bus. Le billet simple coûte 43 SEK pour un adulte et reste valable 75 minutes, ce qui permet de profiter d’une traversée pour le prix d’un trajet classique. La ligne 82, entre Slussen et Djurgården, est particulièrement pratique pour découvrir la ville depuis l’eau sans réserver d’excursion.

    Prévoir une baignade au milieu de la journée
    C’est l’une des particularités les plus surprenantes de Stockholm : on peut réellement interrompre une journée de visites pour aller nager. En plein centre, on trouve notamment Tantobadet à Södermalm, Långholmen, Hornsbergs strandpark et Fredhällsbadet à Kungsholmen, ainsi que les pontons de Munkbrohamnen et de Söder Mälarstrand. La baignade fait ici partie de la vie quotidienne, pas seulement des journées passées loin de la ville.

    17 août 2026

  • Berlin, l’insaisissable !

    Il existe peu de villes où la liberté se ressent avec autant d’évidence.

    Non pas parce qu’elle est revendiquée.

    Mais parce qu’elle semble avoir été conquise.

    Berlin ne cherche pas à faire oublier son histoire. Elle vit avec. Le Mur, les mémoriaux, les immeubles marqués par les décennies, les terrains laissés vides… tout rappelle qu’ici, la liberté n’a jamais été acquise.

    Et pourtant, ce qui frappe le plus, ce n’est pas son passé.

    C’est la manière dont les Berlinois ont choisi de vivre avec lui.

    Je pensais connaître Berlin.

    J’y étais déjà venue quelques années plus tôt et, comme beaucoup, j’étais tombée sous le charme de son énergie brute, de ses immenses fresques, de ses anciennes friches industrielles et de cette impression que la ville refusait de rentrer dans les cases.

    Et, contre toute attente, je me suis surprise à penser quelque chose que je n’aurais jamais imaginé écrire après mon premier séjour.

    J’avais simplement commencé à la découvrir.

    Berlin est élégante.

    Je vous vois déjà lever un sourcil.

    Moi aussi.

    Parce que, soyons honnêtes, quand on pense à Berlin, on imagine plus facilement des Birkenstock portées avec des chaussettes qu’une leçon d’élégance.

    Et pourtant…

    L’élégance berlinoise n’a rien à voir avec des talons ou des costumes impeccables. Elle tient à cette liberté d’être soi, sans jamais chercher à impressionner.

    J’ai commencé à comprendre pourquoi dès mes premières heures à Mitte.

    S’il y a un endroit qui résume cette élégance berlinoise, c’est Auguststraße.

    J’y passe des heures sans regarder l’heure.

    Une galerie derrière une porte cochère. Un café caché dans une cour intérieure. Une librairie découverte au dernier moment. Il suffit souvent de pousser une porte pour tomber sur quelque chose d’inattendu.

    Située dans Mitte, le cœur historique de Berlin, Auguststraße raconte à elle seule une partie de la métamorphose de la ville. Longtemps marquée par la division entre l’Est et l’Ouest, elle est devenue l’une des rues les plus influentes de la scène artistique berlinoise. Derrière ses façades discrètes se cachent certaines des galeries les plus réputées d’Europe. À quelques minutes de marche, Fotografiska consacre plusieurs étages à la photographie contemporaine tandis que la galerie König a installé l’art contemporain dans l’ancienne église Saint Agnes.

    À quelques minutes de là, les Hackesche Höfe racontent un autre visage de Mitte. Construites au début du XXᵉ siècle, ces huit cours Art nouveau mêlaient déjà logements, ateliers et commerces. Aujourd’hui, on passe de l’une à l’autre comme dans un petit village caché, entre cafés, créateurs et boutiques indépendantes.

    J’aime tout autant flâner sur Rosenthaler Straße, qui longe les Hackesche Höfe.

    S’il y a un endroit où mon mari sait qu’il va devoir patienter, c’est bien ici. Je m’arrête devant presque chaque concept store. Les sélections sont pointues sans être intimidantes. On y découvre de jeunes marques, du design, de la papeterie, de la décoration… Le genre de boutiques qui donnent envie de refaire entièrement son intérieur alors qu’on était simplement sortie chercher une glace.

    C’est aussi ici que mes enfants ont décrété avoir trouvé la meilleure glace de Berlin. Enfin… du monde, si j’en crois leur enthousiasme.

    Trois passages chez Canal en quelques jours.

    J’aimerais vous dire que nous revenions admirer les Hackesche Höfe.

    La vérité est beaucoup moins glorieuse.

    Nous revenions surtout pour cette glace.

    Et je dois reconnaître qu’ils avaient peut-être raison.

    C’est également dans ce quartier que nous sommes entrés presque par hasard à la Biennale de Berlin. Nous pensions simplement visiter une exposition. Nous avons finalement terminé la soirée un verre à la main, dans le bar installé au cœur du lieu, au milieu d’un événement que nous n’avions absolument pas prévu.

    Quelques stations plus loin, un autre Berlin apparaît : Kreuzberg.

    Si Mitte raconte le renouveau culturel de la ville, Kreuzberg en raconte sans doute l’âme la plus libre.

    Longtemps adossé au Mur, le quartier est devenu, dès les années 1970, un refuge pour les étudiants, les artistes, les musiciens, les militants et une importante communauté turque. Bien avant que la diversité ne devienne un argument marketing, elle faisait déjà partie de son identité.

    C’est ce qui rend Bergmannstraße et Graefestraße si agréables.

    On n’y vient pas pour cocher une liste d’adresses.

    On y vient pour vivre Berlin.

    Les cafés débordent sur les trottoirs, les librairies indépendantes côtoient les concept stores, les boulangeries artisanales voisinent avec des restaurants venus des quatre coins du monde. Puis, sans vraiment s’en rendre compte, on finit au bord du Landwehrkanal, où les Berlinois se retrouvent dès que le soleil apparaît.

    À Berlin, les quartiers vivent d’abord pour ceux qui les habitent. C’est sans doute ce qui les rend si attachants.

    Après la chute du Mur, il fallait réinventer une ville coupée en deux.

    Les Berlinois auraient pu effacer les traces du passé.

    Ils ont choisi de construire avec lui.

    Je repars avec l’impression que Berlin ne s’est pas encore complètement laissée découvrir.

    Et c’est peut-être ce qui donne envie d’y revenir.

    Dormir au cœur du Berlin créatif

    Telegraphenamt
    L’ancienne poste impériale est devenue l’un des plus beaux hôtels de Mitte. Volumes spectaculaires, design contemporain et emplacement idéal pour explorer Auguststraße, Hackesche Höfe et Rosenthaler Straße à pied.

    Château Royal
    Une adresse élégante et discrète où l’art contemporain dialogue avec une décoration raffinée. Un refuge paisible à quelques minutes d’Unter den Linden.

    The Circus Hotel
    Une adresse créative, chaleureuse et accessible, au cœur de Rosenthaler Platz. L’endroit idéal pour profiter du Berlin le plus vivant sans renoncer au confort.


    Les plus belles parenthèses gourmandes

    Father Carpenter
    Caché au fond d’une cour intérieure, ce café est devenu une véritable institution. Un excellent café de spécialité, des brunchs généreux et une atmosphère paisible loin de l’agitation des grandes avenues.

    House of Small Wonder
    Une adresse lumineuse où l’on vient autant pour le décor que pour l’assiette. Une cuisine inspirée du Japon et de l’Europe dans un écrin de verdure.

    Grill Royal
    Une institution berlinoise au bord de la Spree. Une cuisine soignée, une belle terrasse et une clientèle mêlant artistes, galeristes et habitués.

    Canal
    Des glaces devenues incontournables. Les parfums évoluent au fil des saisons et justifient largement le détour. Mes enfants me l’ont d’ailleurs rappelé… trois fois.

    Bonanza Coffee Roasters
    L’un des pionniers du café de spécialité à Berlin. Une adresse simple, exigeante et toujours pleine de vie.


    Flâner autrement

    Auguststraße
    Sans doute la rue la plus inspirante de Berlin. Galeries, cafés, concept stores et cours cachées invitent à ralentir et à laisser la curiosité guider la promenade.

    Rosenthaler Straße
    Le cœur créatif de Mitte. Une rue où l’on entre dans une boutique « juste pour regarder » avant d’y passer beaucoup plus de temps que prévu.

    Bergmannstraße
    L’une des rues les plus agréables de Kreuzberg, entre librairies indépendantes, terrasses animées et commerces de quartier.

    Graefestraße
    Plus discrète, plus locale, elle dévoile un Berlin où l’on prend encore le temps de vivre.

    Landwehrkanal
    En fin de journée, les berges deviennent le salon des Berlinois. On s’y installe simplement pour regarder la lumière changer.


    Les portes qu’il faut pousser

    Fotografiska
    L’un des plus beaux musées consacrés à la photographie contemporaine, installé dans un ancien bâtiment industriel. Prenez le temps de monter jusqu’au rooftop.

    König Galerie
    Une galerie d’art contemporain installée dans l’impressionnante église brutaliste Saint Agnes. Un lieu qui résume parfaitement la capacité de Berlin à réinventer son patrimoine.

    Hackesche Höfe
    Huit cours Art nouveau reliées entre elles où se succèdent ateliers, cafés, galeries et boutiques. L’un des plus beaux endroits pour comprendre l’âme de Mitte.

    Do You Read Me?!
    La librairie incontournable pour les amateurs de photographie, de design, d’architecture et de magazines indépendants.

    Voo Store
    L’un des concept stores les plus emblématiques de Berlin. Mode, design et café s’y rencontrent dans une atmosphère fidèle à l’esprit de Kreuzberg.


    Quelques détours

    Tempelhofer Feld
    Ancien aéroport transformé en immense parc public. Les Berlinois y viennent courir, pique-niquer, faire du vélo ou simplement profiter d’un espace unique en Europe.

    Charlottenburg
    Un Berlin plus classique, entre palais, belles avenues et adresses confidentielles.

    Pfaueninsel
    Une petite île classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, idéale pour une parenthèse au vert.

    Potsdam
    À moins d’une heure de train, palais, jardins et lacs offrent une escapade parfaite pour prolonger le séjour.

    L’expérience Maison Chill

    Berlin ne se résume ni à son Mur, ni à ses galeries, ni à sa vie alternative.

    On oublie souvent qu’elle fut aussi la capitale de la Prusse. Il suffit pourtant d’une vingtaine de minutes pour rejoindre le château de Charlottenburg et découvrir une autre facette de la ville : un palais baroque, des salons richement décorés, une remarquable collection de porcelaines, des jardins inspirés de Versailles et une élégance qui semble à mille lieues de l’image que l’on se fait habituellement de Berlin.

    Puis, quelques stations plus loin, retour dans une ancienne usine transformée en galerie d’art ou dans les rues créatives de Kreuzberg.

    Et si vous voyagez avec des enfants, poussez la porte d’un Kindercafé. Ces cafés, imaginés pour les familles, permettent aux plus petits de jouer librement pendant que les parents prennent enfin le temps de souffler autour d’un café.

    Une idée simple, mais révélatrice d’une ville où la qualité de vie fait partie du quotidien.

    C’est dans ses contrastes que Berlin révèle toute sa personnalité.

    22 juillet 2026

  • Venise. Comme suspendue.

    Il existe des villes qui se réinventent sans cesse.

    Tous les six mois, un nouveau quartier devient incontournable. Les cafés changent de nom, les restaurants se succèdent, les adresses à la mode remplacent celles de l’année précédente. On y revient avec la sensation que tout a changé.

    Puis il y a Venise.

    Une ville qui semble avoir fait un autre choix.

    Celui de continuer à raconter son histoire.

    À l’heure où tant de destinations rivalisent de nouveautés, Venise avance à son propre rythme. Elle évolue, bien sûr. Les habitants parlent du tourisme de masse, du coût de la vie, des jeunes qui quittent le centre historique. Mais son identité, elle, semble avoir résisté au temps.

    C’était ma deuxième visite.

    La première fois, j’étais repartie fascinée. Cette fois, j’avais surtout envie de retrouver cette ville qui m’avait tant marquée. Et de la faire découvrir à mes garçons.

    Leur programme était étonnamment simple : manger des glaces, comparer les pizzas, monter et redescendre tous les ponts possibles et traverser les canaux dès qu’ils apercevaient une gondole.

    Finalement, ils avaient peut-être tout compris.

    Quelques jours avant notre départ, une amie me racontait ses vacances avec son ex-mari. Chaque journée ressemblait à une course contre la montre. Un musée, deux monuments, trois restaurants recommandés, un coucher de soleil à ne surtout pas manquer… Le soir, toute la famille était épuisée.

    J’y ai repensé en regardant mes enfants courir d’un pont à l’autre.

    Ils n’avaient aucune idée de l’endroit où nous étions censés aller ensuite.

    Et ils semblaient parfaitement heureux.

    Je ne suis pourtant pas de ceux qui pensent qu’il faut éviter les lieux célèbres. Bien au contraire.

    Si la place Saint-Marc attire autant de voyageurs, c’est sans doute parce qu’elle le mérite.

    La basilique aussi.

    Je me souviens encore de ce moment où j’ai levé les yeux vers ses mosaïques. Une nouvelle fois, la beauté m’a donné envie de pleurer. Certaines œuvres impressionnent. D’autres vous saisissent sans prévenir. Saint-Marc fait partie de celles que l’on emporte avec soi bien après le retour.

    Le Palais des Doges mérite le même respect. Derrière ses façades gothiques se cache bien plus qu’un palais : le cœur de la République de Venise. Pendant plus de mille ans, la Sérénissime fut l’une des plus grandes puissances maritimes du monde. Ses marchands naviguaient jusqu’à Constantinople, ses navires dominaient la Méditerranée et ses artistes faisaient rayonner la ville bien au-delà de la lagune.

    C’est aussi cela qui rend Venise si singulière.

    On ne visite pas seulement une ville.

    On marche dans une histoire qui continue d’habiter les pierres.

    Puis il suffit de s’éloigner de quelques rues.

    Au-delà de la fascination

    La foule disparaît presque sans prévenir.

    À Campo Santa Maria Formosa, les conversations remplacent peu à peu le bruit des roulettes de valises. Plus loin, Cannaregio retrouve son rythme de quartier. Les enfants jouent, les habitants rentrent leurs courses, les touristes deviennent moins nombreux.

    C’est là que j’ai retrouvé la Venise que j’étais venue chercher.

    Derrière les murs de Combo Venezia, un ancien monastère transformé en hôtel, café et lieu culturel, des étudiants travaillent dans le cloître pendant que quelques voyageurs lisent ou prennent un verre. Rien d’extraordinaire.

    Justement.

    J’aime ces endroits qui n’essaient pas de devenir des attractions.

    Ils vivent.

    Comme la ville.

    En poursuivant la promenade, impossible de résister à la Libreria Acqua Alta. Des livres empilés dans des gondoles, des chats qui semblent avoir été nommés responsables des lieux, quelques marches fabriquées avec d’anciens ouvrages… On pourrait facilement trouver l’ensemble un peu théâtral. Et pourtant, le charme opère.

    En fin de journée, nous rejoignons le Squero di San Trovaso, l’un des derniers ateliers où les gondoles sont encore fabriquées et restaurées à la main. Juste en face, au Cantinone già Schiavi, les cicchetti défilent sur le comptoir pendant que les Vénitiens refont le monde autour d’un spritz.

    Nous nous sommes installés au bord du canal.

    Les garçons observaient les gondoles.

    Moi, j’observais les garçons.

    Je me suis dit que les plus beaux souvenirs de ce voyage ne seraient peut-être ni la basilique Saint-Marc, ni le Palais des Doges.

    Mais cette fin d’après-midi où personne ne regardait sa montre.

    C’est peut-être ça, finalement, le plus grand luxe de Venise.

    Non pas de nous faire remonter le temps.

    Mais de nous donner, l’espace de quelques jours, l’impression qu’il ralentit.

    Dormir dans un palais… ou un ancien monastère

    Nani Mocenigo Palace
    Un palais du XVIᵉ siècle transformé en hôtel de charme. Fresques, jardin intérieur, calme absolu et un emplacement idéal dans le quartier de Dorsoduro. Une façon de prolonger l’impression de dormir dans l’histoire de Venise, sans sacrifier le confort.

    Combo Venezia
    Plus qu’un hôtel, un lieu de vie. Installé dans un ancien monastère, Combo réunit café, restaurant, programmation culturelle et chambres au design sobre. Même sans y passer la nuit, poussez la porte du cloître.

    Ca Maria Adele
    Quelques chambres seulement, une décoration raffinée et l’une des plus belles vues sur la basilique Santa Maria della Salute. Une adresse intime pour un séjour à deux.


    Les plus belles parenthèses gourmandes

    Cantina Do Spade
    L’une des plus anciennes tavernes de Venise. Des cicchetti généreux, une clientèle mêlant habitants et voyageurs et une atmosphère qui n’a pas besoin d’être réinventée pour séduire.

    Cantinone già Schiavi
    L’adresse parfaite pour un spritz accompagné de quelques cicchetti, à déguster face au Squero di San Trovaso.

    Osteria Anice Stellato
    Une cuisine vénitienne contemporaine, discrète et précise, dans le quartier de Cannaregio.

    Torrefazione Cannaregio
    Pour une vraie pause café loin des grandes places.


    Flâner autrement

    Cannaregio
    Le quartier où Venise retrouve un rythme plus quotidien. On y marche sans objectif précis, simplement pour observer la ville vivre.

    Campo Santa Maria Formosa
    Une belle transition entre les incontournables et une Venise plus paisible.

    Fondamenta della Misericordia
    Le soir, les terrasses se remplissent d’étudiants, d’habitués et de familles. L’une des plus jolies façons de terminer la journée.


    Les portes qu’il faut pousser

    Libreria Acqua Alta
    Une librairie devenue culte où les livres cohabitent avec les gondoles, les baignoires et quelques chats particulièrement à l’aise.

    Fondazione Querini Stampalia
    Un palais encore habité par l’art contemporain, avec un jardin dessiné par Carlo Scarpa. Une halte souvent oubliée des visiteurs.

    Scala Contarini del Bovolo
    Un escalier en colimaçon offrant l’une des plus belles vues sur les toits de Venise.


    Quelques détours

    Murano
    Bien plus qu’une île où acheter du verre. Plusieurs ateliers ouvrent leurs portes et permettent d’observer les souffleurs à l’œuvre.

    Burano
    Ses maisons colorées attirent les photographes, mais l’île mérite surtout qu’on y déjeune tranquillement avant le départ des groupes.

    Torcello
    Quelques habitants seulement, une basilique exceptionnelle et une atmosphère presque hors du temps.


    L’expérience Maison Chill

    Offrez-vous le canal de la Giudecca.
    Si je ne devais garder qu’un paysage de Venise, ce serait peut-être celui-là.

    Installez-vous sur les quais des Zattere ou traversez jusqu’à la Giudecca. Devant vous, les façades de Dorsoduro, les coupoles de Santa Maria della Salute, les palais qui semblent émerger de l’eau et les vaporetti qui glissent lentement composent un panorama qui change à chaque minute.

    Le matin, la lumière est d’une incroyable netteté. En fin de journée, elle devient dorée et enveloppe les palais d’une douceur presque irréelle.

    Lorsque la brume s’invite sur la lagune, les silhouettes s’effacent, les clochers apparaissent comme des mirages et Venise semble flotter entre ciel et eau. C’est un spectacle discret, mais inoubliable.

    Prenez le temps de vous asseoir quelques minutes. Sans appareil photo. Sans chercher la photo parfaite. Regardez simplement les reflets glisser sur l’eau, les bateaux traverser le canal et la lumière transformer peu à peu les façades. À Venise, l’eau n’est pas un décor : c’est elle qui met la ville en scène.

    14 juillet 2026

  • Mon obsession pour le lin

    Je ne sais plus exactement quand cela a commencé. Probablement avec une housse de couette. Puis une deuxième. Puis une troisième.

    Aujourd’hui, j’en possède dans presque toutes les couleurs imaginables et je suis capable de consacrer une partie d’un voyage à chercher du linge de lit. Je sais, cela paraît légèrement excessif. Pourtant, je continue, c’est plus fort que moi.

    J’aime les chaussures. J’aime les sacs. J’aime les beaux objets, les lampes bien dessinées et les fauteuils que l’on repère immédiatement en entrant dans une pièce. Mais s’il fallait être honnête, peu de choses me procurent autant de satisfaction qu’une nouvelle housse de couette en lin. En l’écrivant, je réalise que cette phrase pourrait inquiéter certaines personnes.

    De toutes les matières

    Le lin possède quelque chose que je retrouve rarement ailleurs : il réussit à être luxueux sans être ostentatoire, sophistiqué sans être formel, minimaliste sans être froid. Et surtout, il n’a pas besoin d’être impeccable pour être beau. Je crois que c’est ce que j’aime le plus chez lui.

    Ces dernières années, j’en ai acheté chez La Redoute, chez Merci à Paris et, plus récemment, à Malmö. Je suis d’ailleurs rentrée de Suède avec un bagage supplémentaire dont le contenu était infiniment moins raisonnable qu’il ne devrait l’être. À ma décharge, les Scandinaves savent exactement comment me faire perdre tout sens de la mesure lorsqu’il s’agit de linge de maison et d’objets design.

    Si le lin apparaît aussi souvent dans les plus beaux hôtels, les maisons méditerranéennes ou les intérieurs scandinaves, ce n’est pas parce qu’il est tendance. C’est parce qu’il crée instantanément une atmosphère. Une chambre paraît plus calme, un canapé plus accueillant, une table dressée moins rigide. Peu de matières ont ce pouvoir.

    Contrairement à beaucoup d’achats déco dont on se lasse rapidement, le lin semble gagner en intérêt avec le temps. Il se froisse, s’assouplit et se patine. Là où certains tissus cherchent à conserver leur aspect d’origine, le lin devient souvent plus intéressant à mesure qu’il est utilisé.

    Soft Power

    Chez moi, il est partout. Sur mon lit, sur celui des enfants, sur quelques coussins disséminés dans la maison et sur cette très belle nappe que je sors beaucoup moins souvent que je ne le devrais. Dans notre maison de vacances, j’ai même choisi un canapé en lin. Sans hésiter une seconde.

    À force d’en acheter, je me suis demandé si ce que j’aimais dans le lin était vraiment le lin. Peut-être que j’aime son allure. Peut-être que j’aime son confort. Peut-être que je suis simplement fascinée par les choses qui réussissent à être à la fois raffinées et décontractées, les choses qui ne cherchent pas à être parfaites. Ou peut-être que j’aime simplement le fait qu’il soit incapable d’être parfaitement lisse. Finalement, je me reconnais peut-être un peu dans le lin.

    Je pourrais probablement vivre sans une nouvelle paire de chaussures, reporter l’achat d’un sac ou résister à un objet de décoration. En revanche, si je tombe sur une belle housse de couette en lin dans une couleur que je n’ai pas encore, je préfère ne prendre aucun engagement.

    Le guide Maison Chill

    Tout ce qu’il faut savoir avant d’acheter du lin

    Le lin, c’est quoi exactement ?
    Avant d’être un tissu, le lin est une plante à fleurs bleues cultivée depuis des millénaires. Les fibres extraites de sa tige sont transformées en fil puis en tissu. La France est aujourd’hui le premier producteur mondial de fibre de lin textile.

    Pourquoi l’aime-t-on autant ?
    Naturellement respirant, thermorégulateur et résistant, le lin garde une sensation de fraîcheur en été et devient plus souple à chaque lavage. C’est aussi l’une des rares matières dont les plis participent au charme plutôt qu’à l’en détourner.

    Comment reconnaître un beau lin ?
    Privilégiez un lin européen, idéalement cultivé en France, en Belgique ou en Lituanie. Le toucher compte davantage que l’épaisseur : un beau lin doit être souple, vivant et agréable dès les premiers usages.

    Où l’acheter ?
    Les adresses ci-dessous sont celles que j’utilise, que je consulte régulièrement ou que je garde dans mes favoris lorsque je cherche du beau linge de maison.

    Mes adresses françaises
    Merci (Paris)
    La Redoute Intérieurs
    Caravane

    Pour une livraison internationale
    MagicLinen
    Linen Tales
    Bed Threads
    Cultiver
    Midnatt
    Himla

    Comment l’utiliser ?
    Bien sûr dans la chambre, mais aussi sur une table, en housse de coussin ou sur un canapé. Le lin a ce talent rare de rendre un intérieur plus détendu sans lui faire perdre son élégance.

    À savoir
    Si votre linge paraît un peu rigide à l’achat, ne vous inquiétez pas. Le lin s’assouplit naturellement au fil des lavages et devient souvent plus beau après quelques années qu’au moment où on l’achète.

    24 juin 2026

  • Une soupe froide, des pêches et Barcelone

    Je me demande souvent pourquoi certaines adresses restent avec nous longtemps après le voyage.

    Pas forcément les plus belles.

    Pas les plus célèbres.

    Pas même les plus spectaculaires.

    Celles auxquelles on repense sans raison particulière plusieurs mois plus tard.

    À Barcelone, pour moi, c’est Honest Greens.

    Une chaîne de restaurants healthy qui ne paie pas de mine au premier regard, mais dont la cuisine est bien meilleure qu’on ne l’imagine.

    La première fois, j’y suis entrée pour un jus.

    Une pause rapide entre deux promenades.

    Une adresse pratique, à quelques minutes de notre Airbnb.

    Pas le genre d’endroit que l’on entoure sur une carte des semaines avant le départ.

    Pas le restaurant dont tout le monde parle.

    Pas celui pour lequel on réserve une table un mois à l’avance.

    Et pourtant, plusieurs années plus tard, j’y retourne encore et je finis souvent par le recommander aux amis qui préparent un voyage à Barcelone.

    Le plat auquel je ne m’attendais pas

    Lors d’un de ces déjeuners, j’ai commandé une soupe froide.

    Je m’attendais à un gaspacho.

    Barcelone, l’été, les tomates : cela me semblait être une évidence.

    À la place, on m’a servi un ajo blanco.

    Une recette andalouse à base d’amandes, d’huile d’olive et de pain, souvent considérée comme l’ancêtre du gaspacho.

    La version d’Honest Greens arrive dans une grande assiette blanche.

    Au centre, une soupe lisse et veloutée.

    Dessus, de fines tranches de tomates anciennes, quelques quartiers de pêche blanche, du basilic frais et une belle huile d’olive.

    C’est le genre de plat que l’on remarque immédiatement.

    Simple.

    Coloré.

    Parfaitement estival.

    Puis vient la première cuillère.

    Et soudain, tout paraît évident.

    L’élégance de la simplicité

    Nous associons souvent la bonne cuisine à la complexité.

    À la technique.

    À l’accumulation.

    Pourtant, les plats dont je me souviens le plus sont rarement les plus compliqués.

    Cet ajo blanco en est le parfait exemple.

    La douceur presque crémeuse des amandes.

    La fraîcheur des tomates.

    Le parfum délicat de la pêche.

    La rondeur de l’huile d’olive.

    Rien n’est démonstratif.

    Rien ne cherche à impressionner.

    Chaque ingrédient semble simplement être à sa place.

    Et c’est peut-être cela qui rend ce plat si réussi.

    Pourquoi Honest Greens fonctionne si bien

    Honest Greens maîtrise parfaitement les codes de son époque.

    Les cuisines ouvertes.

    Les équipes aux allures de jeunes chefs et de baristas.

    Les grandes tables en bois.

    Les plantes.

    Les assiettes colorées.

    Tout raconte une vision très contemporaine de la restauration : décontractée, esthétique et tournée vers le produit.

    À certaines heures de la journée, on y croise aussi bien des étudiants, des créatifs sur leur ordinateur, des familles barcelonaises que des voyageurs de passage.

    L’endroit est vivant.

    Énergique.

    Très Barcelone, finalement.

    Mais contrairement à beaucoup d’adresses qui misent avant tout sur leur image, la cuisine suit réellement la promesse.

    Les légumes ont du goût.

    Les jus sont frais.

    Les portions sont généreuses.

    Et les recettes donnent envie d’être commandées une deuxième fois.

    Puis une troisième.

    Le décor attire. Les assiettes font revenir.

    L’adresse que je recommande toujours

    Barcelone regorge de restaurants plus ambitieux.

    De tables plus spectaculaires.

    D’adresses plus exclusives.

    Pourtant, lorsque des amis me demandent où déjeuner entre deux visites, Honest Greens fait presque toujours partie de mes recommandations.

    Pour ses jus.

    Pour ses assiettes généreuses.

    Pour sa façon de rendre la cuisine saine vraiment désirable.

    Et pour cet ajo blanco aux tomates anciennes et aux pêches que je continue de refaire à la maison bien longtemps après être rentrée.

    Je suis entrée pour un jus.

    J’y retourne encore pour cette soupe.

    La version Maison Chill

    Ajo blanco aux tomates anciennes, pêches blanches et raisins noirs

    Le secret d’un bon ajo blanco tient autant à la qualité des amandes qu’à celle du vinaigre de Xérès. Ne négligez ni l’un ni l’autre.

    Pour 4 personnes

    Pour la soupe
    150 g d’amandes mondées
    80 g de pain de campagne légèrement rassis, croûte retirée
    1 petite gousse d’ail
    60 ml d’huile d’olive extra vierge
    2 à 3 cuillères à soupe de vinaigre de Xérès
    500 ml d’eau glacée
    Sel

    Pour le dressage
    2 à 3 tomates anciennes de différentes couleurs
    2 pêches blanches mûres mais fermes
    Une petite grappe de raisins noirs
    Quelques jeunes pousses
    Une poignée de noisettes torréfiées grossièrement concassées
    Huile d’olive extra vierge
    Fleur de sel
    Poivre noir fraîchement moulu

    Mixer les amandes, le pain, l’ail, le vinaigre de Xérès et l’eau glacée jusqu’à obtenir une texture parfaitement lisse. Ajouter l’huile d’olive en filet tout en continuant de mixer. Saler puis réserver au réfrigérateur pendant au moins deux heures.

    Verser la soupe dans des assiettes creuses bien froides. Répartir les tranches de tomates anciennes, les quartiers de pêche, les raisins noirs coupés en deux, les jeunes pousses et les noisettes torréfiées. Terminer avec un généreux filet d’huile d’olive, une pincée de fleur de sel et quelques tours de moulin à poivre.

    19 juin 2026

  • La musique comme refuge

    La musique a toujours été là. Pas comme un décor, mais comme une présence.

    Je me revois enfant, assise à côté de mon père, fascinée par un vinyle qui tourne sur un mange-disque orange. Ce léger grésillement avant que le son n’arrive, ce moment suspendu, presque plus important que la musique elle-même. Déjà, quelque chose se jouait dans l’attente, dans la perception.

    Très tôt, j’ai compris, sans encore pouvoir le formuler, que la musique n’était pas une seule langue. Elle était une manière d’habiter le monde.


    Ce qui vient avant

    Dans ma famille, la musique n’a jamais été une pratique isolée. Elle faisait partie du vivant. Les femmes et les hommes chantaient, jouaient, transmettaient, le bendir, la flûte, les voix qui se répondent. Des chants anciens, presque comme ceux des griots, porteurs d’histoire, de mémoire, de traditions.

    Je revois les corps en mouvement lors des mariages, des baptêmes, mes grands-pères danser et chanter. La musique ne s’écoutait pas, elle se vivait. C’est sans doute là que tout s’est joué.

    Sans que je le formule encore, elle devenait une grille de lecture. C’est elle qui m’a menée vers le journalisme musical, avant d’élargir vers la culture, puis le lifestyle et la mode.


    Avant de nommer

    Avant même de choisir, j’écoutais.

    Les voix de Oum Kalthoum, Farid El Atrache, Abdel Halim Hafez s’installaient dans l’espace avec une profondeur presque architecturale. Puis Georges Brassens et Jacques Brel, une autre manière de dire, plus directe, plus incarnée dans les mots.

    Et entre les deux, cette musique du quotidien, celle qu’on ne choisit pas mais qui nous traverse, à la radio, à la télévision, dans les lieux les plus ordinaires.


    Ce qui circule

    Avec le temps, mon écoute s’est élargie. Certaines musiques m’ont toujours touchée de manière immédiate, presque instinctive, comme si elles parlaient directement à quelque chose de plus profond.

    La musique chinoise, brésilienne, malienne, italienne, notamment cette pop italienne aux mélodies intemporelles, la musique libanaise, égyptienne bien sûr. Des langues différentes, des rythmes différents, mais une même capacité à atteindre l’essentiel.

    Et pourtant, beaucoup des artistes qui m’ont marquée restent américains, et souvent afro-américains, parce qu’il y a là une intensité, une manière de transformer l’expérience en musique qui m’a toujours profondément touchée.


    Les seuils

    Enfant, Michael Jackson a été l’une de ces évidences. Billie Jean, puis Thriller, vu en direct. À ce moment-là, la musique dépassait le son pour devenir image, mouvement et phénomène.

    Plus tard, d’autres figures se sont imposées : Prince, D’Angelo,Bilal, J Dilla… une autre écriture, plus intérieure, plus libre.


    L’expression physique

    La musique a aussi été physique. Le hip-hop, avec Grandmaster Flash, le breakdance, cette manière d’habiter le corps autrement.

    Et puis certaines énergies comme AC/DC pour son intensité brute, The Police et The Beach Boys pour une joie instantanée presque solaire.

    Plus tard, à l’université, la nuit s’est imposée comme un autre territoire. La house, le garage, la techno, avec des DJ comme Laurent Garnier, et par la suite Moodymann ou Theo Parrish, qui nous emmenaient jusqu’au petit matin.


    Ce qui demeure

    Le jazz s’est installé autrement, presque naturellement. Miles Davis, Charlie Parker, Sarah Vaughan sont devenus un espace intérieur, une forme d’équilibre.

    Et puis Louis Armstrong. Je ne saurais pas dire quand je l’ai entendu pour la première fois, mais sa voix s’est imposée immédiatement. Une chaleur, une humanité, une manière de transmettre l’émotion comme une caresse.

    La neo soul s’est ensuite imposée avec la même évidence. D’Angelo, Erykah Badu, Maxwell et leurs sons plus organiques, plus habités, sans doute ce qui me transporte le plus.

    Avec le temps, certains musiciens que j’écoutais sont devenus des visages, puis des présences. Des artistes que j’ai eu la chance de rencontrer, de côtoyer, parfois de compter parmi mes proches comme Rachid Taha, Roy Hargrove, Renée Neuville et d’autres. Ce que j’admire chez eux dépasse le talent : c’est leur manière d’habiter la musique.


    Aller plus loin

    J’ai toujours cherché, écouté, creusé.

    Les noms que je cite sont connus. Mais mon écoute s’est construite ailleurs aussi, dans des scènes plus confidentielles, des productions moins exposées, là où le son se pense autrement.

    Des artistes comme Madlib, Floating Points, Theo Parrish, Nujabes, mais aussi Shabaka Hutchings, Yussef Dayes, Robert Glasper ou Kamaal Williams.

    Une écoute plus exigeante, presque une manière d’apprendre à entendre autrement.


    Ce qui échappe aux mots

    Avec le temps, j’ai compris que ce que je ressentais n’était pas seulement intuitif. La musique agit réellement. Elle active des zones du cerveau liées à l’émotion et à la mémoire, ce qui explique pourquoi un morceau peut faire remonter instantanément une sensation entière. Elle influence le rythme cardiaque, la respiration, le stress.

    Mais au-delà de ces mécanismes, quelque chose reste insaisissable. Parce qu’elle ne passe pas par le langage, elle touche directement ce qui, en nous, reste souvent inaccessible. Une zone plus silencieuse, plus profonde, presque spirituelle.

    La musique ne dit pas. Elle révèle ce que l’on n’arrive pas toujours à nommer,
    mais que l’on reconnaît immédiatement..


    Playlist Maison Chill

    Oum Kalthoum — Enta Omri
    Une écoute longue, presque méditative. Idéale pour ralentir, s’installer, et entrer dans une autre temporalité.

    Louis Armstrong — What a Wonderful World
    Une voix qui apaise immédiatement. À écouter dans les moments de flottement, pour revenir à quelque chose de simple et essentiel.

    Michael Jackson — Billie Jean
    Une énergie précise, presque hypnotique. Parfait pour retrouver une forme de concentration et de présence.

    D’Angelo — Untitled (How Does It Feel)
    Une matière lente, enveloppante. À écouter quand on a besoin de se reconnecter à ses sensations.

    Floating Points — Silhouettes
    Une construction plus contemporaine, entre jazz et électronique. Idéale pour s’isoler, réfléchir, ou simplement dériver.

    5 février 2026

  • Une autre manière de visiter Dubaï

    J’ai longtemps refusé d’aller à Dubaï.
    À cause de ses clichés, de son image impressionnante, parfois bruyante, de cette réputation sulfureuse qui semblait laisser peu de place au sensible, au juste, à l’élégance tranquille.

    Et puis, à force de la voir toujours racontée de la même façon, j’ai fini par comprendre que le problème n’était peut-être pas la ville, mais le regard que l’on pose sur elle.
    Dubaï ne se résume pas à ce qu’elle montre le plus fort.
    Elle gagne à être regardée dans ses interstices.

    Dans une ruelle ombragée d’Al Fahidi à l’heure où la chaleur retombe.
    Dans un café presque vide un matin de semaine.
    Dans le silence inattendu d’une plage avant que la ville ne se réveille vraiment.

    Lorsqu’on cesse de la consommer comme un spectacle, Dubaï devient profondément intéressante.
    Ce n’est pas une ville que l’on aime immédiatement.
    C’est une ville que l’on choisit — ou pas.


    Derrière l’exhubérance, la douceur qui se mérite

    Dubaï n’a pas besoin d’être aimée pour ce qu’elle crie mais pour ce qu’elle murmure.

    Dans le quartier historique d’Al Fahidi, le temps ralentit.
    Les murs sont patinés, les cours intérieures silencieuses, les ruelles invitent à marcher sans but précis.

    Le long de la Dubai Creek, les abra glissent doucement d’une rive à l’autre.
    Le geste est simple, presque banal, et pourtant il raconte un autre Dubaï, plus ancien, plus humain.

    Plus à l’ouest, Jumeirah offre un rythme encore différent.
    Un quartier bas, aéré, presque résidentiel.
    On longe la mer, on s’arrête sans raison, on laisse la lumière organiser la journée à notre place.

    C’est un Dubaï du quotidien, rarement montré, mais profondément apaisant.

    Ralentir à Dubaï ne signifie pas s’effacer.
    Cela demande, au contraire, une forme d’attention active.

    Il faut savoir choisir : ce que l’on traverse, ce que l’on ignore, ce que l’on regarde vraiment.
    Dubaï ne se donne pas à celles et ceux qui cherchent une émotion immédiate.
    Elle s’adresse plutôt à ceux qui acceptent de faire le tri. Non pas pour consommer moins, mais pour consommer mieux.

    Peut être qu’une ville réputée bruyante peut devenir étonnamment précise, presque élégante, dès lors qu’on cesse de la parcourir comme un catalogue.
    Dubaï n’est ni intime, ni spectaculaire par nature.
    Elle devient intéressante quand on l’aborde comme un espace à habiter, temporairement, avec discernement.

    Ce n’est pas une destination que l’on subit.
    C’est une ville que l’on compose.

    Et dans cette composition, entre lumière intense, chaleur ennivrante, logistique fluide et échappées possibles, Dubaï révèle une qualité rare :
    celle de laisser chacun décider du niveau d’intensité qu’il souhaite vivre.


    Où dormir à l’ombre des grattes-ciel

    XVA Art Hotel

    Un hôtel de charme niché dans une maison traditionnelle restaurée.
    Art, calme, cour intérieure.
    Idéal pour une famille qui cherche du sens plutôt que du spectaculaire.

    Al Seef Heritage Hotel

    Une immersion élégante dans un Dubaï ancien, réinterprété avec sobriété.
    Tout se fait à pied, l’atmosphère est paisible, presque hors du temps.

    Jumeirah Dar Al Masyaf

    Plus spacieux, très agréable en famille.
    Verdure, canaux, plage accessible.
    Le confort sans ostentation.


    Les parenthèses gourmandes

    Orfali Bros Bistro

    Cuisine sincère, créative, chaleureuse.
    Une adresse où l’on se sent divinement bien, même avec des enfants.

    SEVA

    Un lieu apaisant, végétarien, presque méditatif.
    Parfait pour ralentir, déjeuner sans agitation.

    Wild & The Moon

    Simple, lumineux, sans dogme.
    Une évidence pour des repas rapides sains et bons.

    Bait Maryam

    Une cuisine levantine chaleureuse, précise, sans folklore.
    Des plats qui racontent une histoire familiale.


    Shopping et petits caprices

    Gold & Diamond Park
    Un ensemble de joailliers indépendants, à l’écart du Gold Souk (à voir également).
    Des ateliers spécialisés dans le sur-mesure, avec des délais courts et une vraie liberté de dessin.

    Comptoir 102
    Concept-store mêlant mode, objets et café.
    Sélection resserrée, axée sur des marques confidentielles et des pièces faciles à porter au quotidien.

    The Edit Dubai
    Boutique multimarques tournée vers un vestiaire contemporain.
    Des collections en petites séries, loin des logos et des saisons trop marquées.

    Tashkeel
    Espace dédié au design et à la création locale.
    Objets, livres et éditions issus de collaborations avec des artistes et designers de la région.

    Alserkal Avenue
    Quartier créatif installé dans d’anciens entrepôts.
    Galeries, librairies et ateliers accessibles à pied, sans parcours imposé.


    Le desert et bien plus encore

    Le désert, en version contemplative, tôt le matin ou à la tombée du jour.
    Marcher, s’asseoir, regarder le paysage changer. Le silence impressionne et nourrit.

    Les traversées de la Creek en abra, simples et peu coûteuses.
    Les plages de Jumeirah en semaine, pieds nus, sans mise en scène.

    Ici, rien à réussir. Juste être là.


    Virées en villes voisines

    Et si le temps le permet, plusieurs villes voisines sont accessibles rapidement
    Des échappées simples, à la journée ou sur une courte nuit, qui apportent d’autres lectures de la région.

    Abu Dhabi
    À environ une heure de route, Abu Dhabi propose une atmosphère plus institutionnelle et plus culturelle.
    Musées, architecture contemporaine pensée pour la contemplation, espaces vastes et calmes.
    Une option idéale pour une journée structurée, plus silencieuse que Dubaï.

    Sharjah
    Encore plus proche, Sharjah offre un regard différent : plus ancré, plus local, moins mis en scène.
    On y perçoit davantage l’histoire et les traditions de la région, en marge des mondanités.

    Oman
    Si l’on dispose de davantage de temps, Oman devient une évidence.
    En moins d’une heure de vol, le paysage change radicalement : montagnes minérales, routes longues, villages sobres.
    Une extension naturelle du séjour, pour celles et ceux qui souhaitent ajouter une dimension plus brute et plus silencieuse.

    Autant de respirations possibles, sans alourdir le voyage. Dubaï n’impose rien. Elle laisse faire. Et c’est exactement ce qu’on recherche…


    Conseils Maison Chill

    Éviter Downtown pour dormir
    Downtown impressionne, mais fatigue rapidement. Pour vivre la ville avec plus de justesse, privilégier des quartiers plus horizontaux et lisibles comme Jumeirah, Al Seef ou Al Fahidi, puis traverser Downtown ponctuellement, sans s’y installer.

    Prévoir un retour au logement en milieu de journée
    L’idéal est de sortir tôt le matin, quand la lumière est encore douce et la ville plus calme, puis de rentrer se poser avant que la chaleur et le rythme ne s’intensifient. Cette respiration change totalement l’expérience : on observe mieux, on fatigue moins, et l’on ressort ensuite en fin d’après-midi avec une énergie nouvellle.

    20 janvier 2026

  • La maison imparfaite

    Je me suis déjà disputée pour une tasse oubliée dans l’évier.

    Sur le moment, cela me semblait parfaitement raisonnable. Après tout, combien de temps faut-il pour la mettre dans le lave-vaisselle ?

    Avec un peu de recul, je me suis pourtant souvent demandé comment quelque chose d’aussi insignifiant pouvait parfois prendre autant de place dans une journée.

    Parce que la tasse n’était jamais vraiment le sujet.

    J’aime les maisons qui respirent. J’aime les tables dégagées, les coussins remis en place, les fleurs fraîches dans un vase. Je suis sensible à la lumière, aux matières, aux détails qui rendent un lieu agréable à vivre.

    Et c’est peut-être justement pour cela que certaines petites choses ont parfois le pouvoir de m’agacer davantage qu’elles ne le devraient.

    Ce qui dépasse

    Une tasse oubliée.

    Une veste abandonnée sur une chaise.

    Quelques chaussures dans l’entrée.

    Rien de grave.

    Et pourtant, ces détails ont parfois le don d’attirer toute notre attention.

    C’est étrange comme nous pouvons nous habituer à ce qui va bien. Une maison chaleureuse, une journée agréable, des personnes que l’on aime, une pièce baignée de lumière. Tout cela devient rapidement le décor.

    Et puis il suffit d’une petite chose qui dépasse pour que notre regard s’y accroche.

    Comme si notre esprit était naturellement attiré par ce qui reste à corriger plutôt que par ce qui mérite déjà d’être apprécié.

    Le piège discret de la perfection

    Nous vivons à une époque où tout semble pouvoir être amélioré.

    Nos habitudes.

    Nos agendas.

    Nos carrières.

    Nos intérieurs.

    Les images que nous voyons chaque jour nous montrent des maisons impeccables, des routines parfaitement maîtrisées et des vies soigneusement organisées.

    À force, il devient facile de croire qu’il existe quelque part une version idéale de notre quotidien.

    Une version où tout serait enfin à sa place.

    Dans une maison habitée, pourtant, il reste toujours quelque chose à faire : un objet à ranger, un message auquel répondre, un rendez-vous à organiser, une lessive à lancer.

    J’ai longtemps pensé que le calme se trouvait de l’autre côté de cette liste.

    Avec le temps, j’ai compris qu’elle ne se terminait jamais vraiment.

    Une maison vivante

    Une maison n’est pas un showroom.

    C’est un lieu où les journées se déroulent, où les conversations s’étirent, où les enfants passent, où les projets s’accumulent et où la vie laisse parfois quelques traces derrière elle.

    Certaines méritent d’être rangées.

    D’autres méritent simplement d’être remises à leur juste place dans notre esprit.

    Car une tasse oubliée dans un évier n’est pas toujours une preuve de négligence.

    Pas plus qu’un coussin déplacé n’est un signe que quelque chose ne va pas.

    Ce sont parfois simplement les marques discrètes d’une maison dans laquelle on vit réellement.

    Ce qui est déjà là

    Pendant longtemps, j’ai cru que le calme venait de l’ordre.

    Aujourd’hui, je me demande s’il vient davantage de l’attention que l’on choisit de porter aux choses.

    Car il y aura toujours quelque chose à ranger, à corriger ou à améliorer.

    Nous passons beaucoup de temps à chercher ce qui pourrait être amélioré.

    C’est probablement ce qui nous fait avancer.

    Mais les choses qui donnent sa valeur à une maison ne sont pas toujours celles qui peuvent être corrigées.

    Elles sont souvent déjà là.

    Quand l’imperfection devient désirable

    Pendant des décennies, les magazines de décoration ont valorisé des intérieurs impeccables : surfaces dégagées, objets soigneusement mis en scène. La maison idéale ressemblait souvent à une maison dans laquelle personne ne vivait vraiment.

    Depuis quelques années, un mouvement inverse s’impose dans l’architecture d’intérieur, l’hôtellerie et le design. Les lieux les plus admirés ne sont plus nécessairement les plus parfaits. Ce sont souvent ceux qui paraissent personnels, habités et sincères.

    Une table marquée par le temps, une bibliothèque remplie de livres, un fauteuil patiné ou une cuisine qui semble réellement utilisée racontent quelque chose qu’aucune mise en scène ne peut reproduire : une histoire.

    Les designers parlent parfois de lived-in interiors des espaces qui ne cherchent pas à être irréprochables, mais à refléter la vie de ceux qui les habitent.

    À une époque où tout semble pouvoir être optimisé, cette vision rappelle une idée simple : le caractère naît souvent de ce qui échappe à la perfection.

    7 janvier 2026

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